Du constat à l’action
Le constat
Nous pourrions commenter régulièrement l’actualité et suivre le rythme médiatique de la classe dominante et des professionnels de la politique. Mais nous sommes des prolétaires indisciplinés.
Nous vivons une époque insupportable dont la seule efficacité est de révéler, chaque jour passant, combien nous lui sommes incompatibles, combien nos aspirations à vivre la liberté et l’égalité sont à l’opposé des programmes institutionnels.
Deux camps antagonistes s'affrontent dans cette époque : ceux qui veulent perpétuer le capitalisme et ceux qui veulent changer de société. Si nous voulons un avenir de paix, nous devons organiser le partage mondial des richesses. Il n’y a pas d’autres alternatives.
La classe au pouvoir est composée de criminels : escrocs en tous genres, agresseurs sexuels, meurtriers. Il est également criminel d'augmenter les budgets militaires en maintenant l'austérité pour le reste, en maintenant la majorité de la population dans la misère et la débrouille.
Les bourgeois ont doublé leurs fortunes sous le règne macroniste. Ils se gavent sur notre exploitation. Ce sont eux les parasites. Que font-ils de ces montagnes d'argent accumulé ? Ils financent des guerres et des fascistes.
Nous devons les exproprier et les dégager. Du constat à l’action il n’y a qu’un pas.
Nous avons des choix à faire
Que ce soit au niveau individuel ou collectif, faire des choix implique au moins deux conditions: être responsable, assumer les conséquences. Une des modes du système de production actuel voudrait nous faire croire que nous pourrions trouver le bonheur dans le "développement personnel", que notre réussite personnelle serait le seul fruit de nos décisions individuelles. Ce qui rejoint finalement l'idéologie dominante du capitalisme, le mythe du self made man, la primauté de l'individu et de son identité sur le collectif.
Mais nous sommes des millions à savoir au fond de nous que ce récit est faux. Le bonheur d'un être humain dépend d'un équilibre entre l'individuel et le collectif, entre des choix personnels et l'environnement immédiat dans lequel nous vivons. Il n'y a bien que des bourgeois vivant dans un cadre luxueux et sécurisant pour croire à l'individualisme. Nous, prolétaires, savons bien malgré nous que la solidarité, l'entraide, le partage sont des facteurs décisifs de notre survie, que notre bien-être dépend évidemment du bien-être de la communauté matérielle.
En tant que prolétaires conscients de nos intérêts de classe, nous avons fait des choix de vie individuels et collectifs. En tant que militants, nous nous battons pour élargir la volonté de communisme. Nous sommes convaincus que nous pouvons vivre mieux et autrement, dans l'égalité sociale et le respect de l'environnement.
Mais nous nous heurtons à plusieurs problèmes :
- la mise en retrait de la lutte de classes dans les entreprises au profit des luttes périphériques, c'est-à-dire des luttes qui ne combattent pas directement le problème à la racine, qui ne ciblent pas directement le mode de production capitaliste et la classe au pouvoir. Cela peut être par exemple des luttes sur des thèmes identitaires, écologiques, salariaux et corporatistes, qui ne remettent pas en cause l'existence du système mais l'aménagent. Cela peut engendrer de l'éparpillement et de l'épuisement au sein du prolétariat.
- la violence physique des forces répressives (police, gendarmerie, armée, milices privées) et la violence morale de l'appareil judiciaire. Notre meilleure arme de défense face à ces entraves étatiques est la solidarité de classe et la protection des nôtres : connaître des avocats fiables et déterminés, connaître ses droits face à la police. Quand on voit la police assassiner nos enfants, quand on voit avec quelle brutalité elle nous traite, il est évident qu’aucune mesure de prévention ne viendra nous protéger durablement tant que la peur n'aura pas changé de camp.
- la bureaucratie syndicale qui parasite ou freine nos luttes. Nous avons fait l'amère expérience de se confronter à des syndicalistes voulant gérer les conflits afin d'éviter tous débordements radicaux de notre envie de renverser le pouvoir bourgeois. Combien de fois les lâches et serviles représentants syndicaux (de la section à la confédération) n'ont-ils pas freiné des quatre fers des luttes potentiellement subversives ? On pourrait nous suggérer de reprendre l'appareil syndical pour le transformer à notre avantage. Mais nous ne sommes pas trotskystes, nous ne croyons pas à ce fantasme. Il serait tout aussi dogmatique de se priver par principe de l'outil syndical sur un lieu d'exploitation en tant que moyen de défense ou d'attaque face aux patrons. La section syndicale peut être utilisée au niveau local pour dégager du temps de réflexion et des moyens d'organisation pratique (assemblées générales, caisses de grève, impressions de tracts, affiches...).
- le manque de coordination des luttes : même quand des luttes massives ont lieu, il y a un manque de coordination à tous les niveaux, car nous sommes entravés par les trois précédents problèmes soulignés. De plus, nous voyons ces derniers temps à quel point les confédérations syndicales sont des ministères informels intégrés à l’État, par leur absence d’appel à des grèves interprofessionnelles.
Pour créer des situations potentiellement révolutionnaires, nous devons affronter et dépasser :
- la peur du combat physique et moral. Vouloir changer l'ordre des choses passera nécessairement par un affrontement avec la classe au pouvoir et notamment ceux qui la protègent : les forces répressives. La bourgeoisie ne cédera jamais d'elle-même le pouvoir qu'elle détient sur le monde, elle utilisera tous les moyens à sa portée pour nous en empêcher. Cela peut paraître colossal ou insurmontable, mais n’oublions pas que nous sommes face à un géant aux pieds d’argile1.
- la peur de la mort. C'est peut-être une évidence mais face aux délires technologiques et transhumanistes, il est important de rappeler que la fin est inéluctable, rien n'est éternel. Il ne s'agit pas de se sacrifier pour la cause ou d'être un martyr, mais d'avoir conscience de sa place de simple primate dans l'Histoire et les rapports sociaux de notre époque. Nous savons que l'instinct de conservation face à la peur de mourir nous bloque ou nous empêche de prendre des initiatives pour changer. La peur de l'inconnu est une réaction naturelle de survie mais elle ne doit pas devenir un argument conservateur et réactionnaire face à la volonté de changer de société par la Révolution2.
- la foi dans les élections et représentations. La Révolution n’est pas une affaire de parti comme l’avait déjà expliqué Otto Rühle en 19203. Nous ne pouvons accorder une confiance aveugle aux élus. La démocratie véritable implique une participation permanente de chacun d’entre nous pour éviter les hiérarchies, les privilèges, le pouvoir sur autrui. Voter tous les quatre ou cinq ans est chose facile. Tout comme la lutte ou la grève par procuration. Revient toujours cet argument selon lequel nous ne serions jamais assez nombreux pour lutter, mais c’est une excuse comme une autre pour râler et se plaindre. Ce sont toujours des minorités agissantes qui font évoluer les situations.
Nous revendiquons l’autonomie prolétarienne, une organisation horizontale en dehors des institutions, qui nous permet de reprendre le contrôle sur nos luttes et nos vies pour construire un monde nouveau libre et égalitaire4.
Notes :
[1] Voir Du spectacle de la lutte et de quelques pistes pour s’en extraire : https://garap.org/communiques/communique69.php
[2] Voir L’Homme Sisyphe ou le prolétaire servile : https://garap.org/communiques/communique29.php
[3] À lire et télécharger sur : https://garap.org/pdf/bibliotheque/RHULE_la%20r%C3%A9volution%20n'est%20pas%20une%20affaire%20de%20parti.pdf
[4] Voir la présentation du GARAP : https://garap.org/annexe/presentation.php

