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Groupe d'Action pour la Recomposition de l'Autonomie Prolétarienne

Capital

Dernière mise à jour : Février 2015
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« La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste s'annonce comme une immense accumulation de marchandises. »
Karl Marx, Le Capital, Livre I

« Le capital n'est pas une chose, c'est un système social de production bien déterminé, appartenant  à un type historique particulier de la société, système qui se manifeste dans un objet auquel il imprime un caractère social spécifique. »
Karl Marx, Le Capital, Livre III

Pour comprendre et définir ce que sont le capital et le mode de production capitaliste, nous utilisons les outils et concepts marxiens : le matérialisme historique et dialectique. Il faut avoir en tête que Le Capital de Marx est une œuvre inachevée, et qu'il revient à nous, prolétaires, de continuer l'analyse des conditions actuelles d'exploitation et leurs évolutions afin de renverser le capitalisme. Nous utilisons aussi le concept de totalité qui permet de saisir les événements historiques et les processus économiques dans leurs globalités et d'apprécier l'époque selon le prisme de la lutte des classes et non pas de l'individualisme bourgeois.


Définition, fonctionnement et contradictions du Capital

Le Capital est un rapport social, plus précisément un rapport d'exploitation de la bourgeoisie sur le prolétariat, les deux principales classes qui composent la société moderne. Ces personnifications du Capital et du Travail salarié sont les produits des rapports sociaux de production.

Dans le livre III du Capital, Karl Marx distingue en premier lieu deux traits caractéristiques fondamentaux pour décrire le capital :

1) il produit des marchandises. Ce qui le distingue des autres modes de production. Le caractère dominant et décisif de cette production est d'être une production de marchandises. Cela implique en premier lieu que l'ouvrier lui-même apparaît uniquement comme vendeur de marchandises, et partant comme ouvrier salarié libre, donc que le travail apparaît essentiellement en tant que travail salarié.

2) la production de la plus-value est son but direct et son mobile déterminant. Le capital produit essentiellement du capital, mais il ne le fait que dans la mesure où il produit de la plus-value. La production en vue de la valeur et de la plus-value implique la tendance toujours manifeste à réduire en toutes circonstances au-dessous de la moyenne sociale le temps de travail nécessaire à la production d'une marchandise, autrement dit sa valeur. La tendance à réduire le coût de production à son minimum devient le principal levier de l'accroissement de la productivité sociale du travail ; mais cet accroissement se manifeste ici uniquement comme accroissement constant de la productivité du capital.


Lexique de concepts marxiens définissant le mode de production capitaliste :

Le capital constant est la part du capital investie dans les moyens de production et les matières premières nécessaires à la production.
Le capital variable (ou salaire) est la part du capital investie dans la force de travail. La seule marchandise qui créé de la plus-value est la force de travail.

Les outils et moyens de travail forment le capital fixe, ils ne transmettent qu'une part de leurs valeurs aux marchandises finales en fonction de la durée moyenne de leurs usures. Ces objets ne quittent jamais la sphère de production. Les matières premières, la consommation d'énergie nécessaire à la production forment le capital circulant, leurs valeurs est intégralement transférés aux marchandises mises en vente.

La composition organique du capital est le rapport entre le capital constant et le capital variable investi dans le circuit du capital (C/V).

La valeurest le rapport renversé de la force de travail à elle-même. Est source de valeur ce qui contribue à la reproduction de la force de travail. En tant que processus de valorisation, la valeur dans son ensemble est déterminée quantitativement par le temps de reproduction nécessaire à l'échelle de l'ensemble des forces productives, et qualitativement par sa contribution à la reproduction élargie des forces productives.

La reproduction est le renouvellement constant du processus de production. La reproduction simple est le renouvellement de la production sous un volume constant. La reproduction élargie signifie que la production se renouvelle dans un volume accru. C’est par l’exploitation du prolétariat que le capital grandit et, qu’en même temps, les rapports de production capitalistes se reproduisent sur une base élargie.

L’accumulation du capital est la source de la reproduction élargie. L’accumulation est l’addition au capital d’une partie de la plus-value sous forme d'investissements, visant à l’accroissement de la production : achat de moyens de production et embauche de main-d’œuvre supplémentaires (augmentation des forces productives). L’accumulation capitaliste aboutit à une élévation de la composition organique du capital.

Au centre des rapports sociaux de production se trouve la marchandise, laquelle possède une valeur d'usage et une valeur d'échange. La valeur d'usage correspond à l'utilité et à la satisfaction d'un besoin. La valeur d'échange est mesurée par le travail humain nécessaire à la production. Le coût de la force de travail est le dénominateur commun des échanges marchands.

L'équivalent général des marchandises est la monnaie.
La formule générale des échanges est : x marchandises A = y marchandises B
Le cycle des échanges est : marchandises-monnaie1-marchandises-monnaie2

La force de travail (ou travail vivant) est aussi une marchandise ayant une certaine valeur. Les prolétaires vendent leurs capacités physiques et mentales à produire aux capitalistes. Le prix de cette marchandise (le salaire) est fonction de la lutte de classes et des négociations qui en découlent. En régime capitaliste, le salarié ne gagnera jamais la valeur de ce qu'il produit.
La vente de la force de travail comme marchandise implique toute une série de relations historiques et sociales déterminées. L'apparition de la marchandise « force de travail » sur le marché indique :
- que le travailleur est personnellement libre (contrairement à l'esclave ou au serf)
- qu'il est séparé des moyens de production et que ceux-ci sont rassemblés entre les mains de la bourgeoisie
- que la productivité du travail possède un niveau élevé, c'est-à-dire qu'il est possible de fournir un surtravail
- que l'économie marchande est dominante, c'est-à-dire que la création de surtravail sous la forme de marchandises à vendre est le but de l'achat de la force de travail.

Le temps de travail du salarié se divise entre temps de travail nécessaire et surtravail. Le temps de travail nécessaire est la quantité de travail équivalent, en terme de valeur, à la reproduction de la force de travail du salarié. Le surtravail est du travail gratuit, au profit de la bourgeoisie, générateur de la plus-value.

La plus-value est produite par la force de travail. Elle est accaparée par les capitalistes et distribuée sous forme de profit, intérêts, rentes, dividendes ou investissements. La plus-value est à la base de l'accumulation du capital car le but du capital est de générer plus de capital à travers l'exploitation du prolétariat.
Le mode de production capitaliste est avant tout un processus d'auto-expansion de la valeur, un processus de valorisation. Le capital c'est en somme de la valeur qui s'auto-valorise. Celle-ci ne peut s’accomplir qu’en mélangeant du capital au travail vivant de sorte que de la survaleur, en quantité suffisante eu égard aux conditions générales de reproduction du capital social total, soit extraite de ce processus. La valorisation est aussi l'expansion du capital-argent par le mouvement A-M-A'. Les capitaux-argent sont investis régulièrement dans le processus de production pour être valorisés par le travail vivant. En même temps, il n'y a pas de valorisation sans argent, donc sans système de crédit, sans Banque Centrale et sans Etat.

Le capital social total est la somme des valeurs du capital constant, du capital variable et de la survaleur.

L'accumulation primitive du capital est le processus qui met en place les conditions et les rapports de productions capitalistes dans un cadre ou un lieu jusque là épargnés par ce type d'exploitation. Il s'agit d'incorporer une masse croissante d'une force de travail dont la reproduction n'a jusque là pas été prise en charge par le capitalisme en procédant à un non-échange d'équivalents, à un pillage. Cela consiste aussi à ne pas payer ou épuiser les matières premières et le capital fixe, à ne pas assurer le remplacement de ceux-ci.

La formule générale du capital est :
A (capital) – M (marchandise) – A' (capital augmenté) où A' = A + dA (augmentation du capital)

Le cycle du capital est :
A (capital) – M (marchandise) – M' (marchandise modifiée par le travail humain) – A' (capital augmenté)  où  A = C (capital constant) + V (capital variable)  et  M' = C + V + PL (plus-value)

Le taux de plus-value (ou taux d'exploitation) est : T = PL (plus-value) / V (capital variable)
 
Le taux de profit est : Tp = PL (plus-value) / C (capital constant) + V (capital variable)

Plusieurs méthodes existent pour maximiser la plus-value :
           La plus-value absolue est la recherche par les patrons de l'augmentation de la durée de la journée de travail des prolétaires.
           La plus-value relative vise à augmenter la productivité en utilisant les innovations technologiques afin de produire plus dans le même temps imparti qu'avant. La plus-value relative fait ainsi baisser le prix des marchandises et par conséquent, le temps de travail nécessaire à la reproduction de la force de travail.

Historiquement, les modalités d'extraction de la plus-value forment deux grandes périodes :
            La domination formelle du capital qui globalement s'étend des révolutions bourgeoises des 17-18ème siècles jusqu'à la première guerre mondiale. Cette période est caractérisée par une accumulation fondée sur la production de la plus-value absolue, obtenue par le prolongement de la journée de travail et par l'accumulation primitive tirée de la transformation d'une masse de petits producteurs (paysans et artisans) en salariés. C'est une phase de reproduction élargie du capital social total. Cette situation entraîne une faible composition organique du capital car le surtravail est l’élément déterminant de la valorisation. Entre 1890 et 1914, le capital atteint sa limite historique générale, la force de travail et les moyens de productions étaient devenus trop productifs pour être contenu dans les rapports sociaux existants. Le processus de valorisation ne pouvait plus augmenter à un rythme compatible avec la reproduction élargie. Cette phase s'achève dans une longue période de crises entre 1914 et 1945.
            La domination réelle du capital est effective depuis la deuxième guerre mondiale. Cette période est caractérisée par  une accumulation fondée sur la production de la plus-value relative et par une augmentation de la composition organique du capital au détriment de la force de travail. Le processus de valorisation n'est pas élargi mais recomposé par la destruction ou la stagnation de la force de travail, par la baisse du coût de production des éléments de consommation du prolétariat, par la poursuite de l'accumulation primitive qui permet de réduire le salaire global et par la baisse du coût du travail. Dans cette phase, les forces productives ont atteint un tel niveau de développement que toute innovation technologique produit plus de titres fictifs capitalistes à la plus-value totale qu'elle ne créé de plus-value supplémentaire.

La journée de travail : A----------D-----C-------B
AB = limite de la journée de travail
AC = travail nécessaire à la reproduction de la force de travail
CB = plus-value absolue ou surtravail
CD = plus-value relative ou recherche de l'augmentation du capital grâce aux gains de productivité et au surtravail

L'innovation technologique restructure en permanence les forces productives. Autrement dit, la concurrence qui sévit sur les marchés pousse à l'innovation et par conséquent augmente la productivité du travail (augmentation du surtravail par rapport au travail nécessaire). Les gains de productivité sont aussi obtenus par une optimisation de l'organisation du travail.

Historiquement les différentes étapes de l'organisation du travail sont :
            - la coopération est le regroupement des travailleurs d'une même profession ou d'une même branche de production. L'emploi de la force collective de travail a débuté avec les premières manufactures. Cela a entraîné une socialisation du travail, une économie des moyens de production, une augmentation de l'exploitation de la force de travail et la baisse des coût de production, avec notamment l'introduction massive des femmes et des enfants dans l'industrie.
            - le machinisme est le développement à grande échelle des moyens de production mécanisés, et pour certains automatisés, permettant une hausse de la productivité sans précédent par rapport aux manufactures. La séparation du producteur avec les moyens de production devient radicale.
            - la division du travailest la répartition des processus de production dans laquelle le travailleur ne produit qu'un segment de la marchandise finale. Cette technique permet d'employer des prolétaires peu qualifiés à moindre coût.
            - l'Organisation Scientifique du Travail(Taylorisme, Fordisme, Toyotisme) combine le machinisme et une division extrême du travail pour maximiser l'extraction de la plus-value : recherche de procédés de fabrication efficace, séparation des bureaux et des ateliers, exécution de gestes et tâches répétitives le plus vite possible.
            - le management est la continuité moderne de la division du travail et du Taylorisme dans la période de la domination réelle du capital sur le travail. Il est la discipline de la gestion et du rendement sous les ordres des patrons et des chefaillons. Le management recherche l'efficience (faire plus avec moins) pour optimiser et rationaliser (comprendre augmenter la productivité avec moins de travailleur). Le management est aussi un outil de domination idéologique de la bourgeoisie sur le prolétariat afin d'obtenir le consentement et l'adhésion du salarié à l'entreprise (stakhanovisme, management participatif).

A un degré élevé de développement, l’innovation technologique (qui prend la forme d’investissements en capital fixe et est jusque là stimulée par les gains de productivité qu’elle rend possibles) vient menacer de dévalorisation une quantité trop importante de capital fixe existant eu égard aux profits attendus. C’est ce que Loren Goldner appelle la « technodépréciation ».
Ainsi des machines et des méthodes de production deviennent obsolètes à cause des progrès techniques, les capitaux investis et les profits escomptés sont désuets, ce qui conduit à une contraction de la reproduction sociale ou crises. Cette contradiction majeure du capitalisme est contrée par le maintien artificiel de la valeur reproductive du capital sous forme de capital fictif.

Le capital fictif est l'écart entre le prix global et la valeur globale à une échelle mondiale. Il y a en circulation une masse de titres capitalistes n’ayant aucun équivalent en termes de plus-value totale. A mesure que l’ultra-productivité continue de s’élever (à partir de telle ou telle branche de la production, pour ensuite se reporter sur d’autres branches et d’autres secteurs économiques), des contre-tendances agissent au point où la reproduction élargie du capital social total s’effectue systématiquement contre la reproduction sociale. En d’autres termes, plus l’économie est productive, plus elle sécrète de titres à la plus-value, plus ceux-ci sont surévalués (par rapport à la plus-value réellement disponible) et plus il est nécessaire que la survaleur soit extraite de façon absolue ou en dehors de l’échange marchand (la diminution du capital variable par l’augmentation de la composition organique du capital ne suffit plus à dégager suffisamment de plus-value). La valorisation du capital A-M-A’ devient incompatible avec la reproduction élargie, et c’est là, la limite historique du capitalisme. Parvenu à un degré de productivité élevé, le capitalisme s’avère incapable de transformer celle-ci en pouvoirs sociaux supplémentaires pour l’humanité. Il est alors enclin à détruire de façon régulière les bases productives qu’il avait lui-même créées.


Le mode de production capitaliste est un système économique et social caractérisé par :

- La propriété privée des moyens de production et d’échange : les usines, les bureaux, les entreprises, les magasins, les ports, les gares et les aéroports appartiennent à une minorité de patrons, actionnaires, rentiers et/ou dirigeants politiques qui décident de l’orientation et de l’avenir de la production et des échanges commerciaux.
- La recherche du profit : la minorité possédante citée précédemment, que l'on appelle bourgeoisie, recherche par tous les moyens possibles le profit maximum dans l’extorsion de la plus-value sur le travail des salariés. Le taux de profit est l’expression du rapport social capitaliste à travers lequel les forces productives sont aliénées.
- Le travail salarié : la bourgeoisie exploite la force de travail des prolétaires. Le travail salarié est le capital variable dans la plus-value recherchée par les propriétaires des moyens de production. Le travailleur représente cette force productive vivante, la seule source de valeur qui entre dans la course à l’accumulation de capital.
- La séparation : Le capitalisme transforme l’être humain en travailleur, c’est à dire qu’il le sépare de lui-même, il le rend étranger à lui-même : il l’aliène. Le producteur ne produit plus sa vie car sa force de travail est transformée en marchandise. Le rapport social dominant médiatise sa propre vie.
- La concurrence : à tous les niveaux entre les entreprises, entre les travailleurs pour faire baisser le coût du travail et maintenir le taux de profit.
- L'accumulation du capital : par la maximisation de la plus-value et/ou l'accumulation primitive. Tous les obstacles à l’accumulation du capital doivent être détruits.
- La valorisation : le capitalisme est un système de reproduction à travers lequel s’exprime le processus d’auto-expansion de la valeur. Le développement des forces productives atteint ses limites lorsque la valorisation du Capital n’est plus possible sans que ces forces productives soient détruites.

Bibliographie pour aller plus loin  :

GARAP
* Communiqué 31 : Critique de la dévalorisation et dévalorisation de la critique http://garap.org/communiques/communique31.php
* Communiqué 9 : Quelques conséquences politiques du phénomène de réification http://garap.org/communiques/communique09.php

Guy Debord
* La Société du Spectacle
http://classiques.uqac.ca/contemporains/debord_guy/societe_du_spectacle/spectacle.html


Loren Goldner
* La classe ouvrière américaine : restructuration du capital global, recomposition du terrain de classe http://breaktheirhaughtypower.org/francais-la-classe-ouvriere-americaine-restructuration-du-capital-global-recomposition-du-terrain-de-classe/

* Crise de la liquidité internationale et lutte des classes
http://ecritscorsaires.free.fr/article.php3.24.html

* La plus grande des surprises d'octobre : un crash du monde capitaliste
http://garap.org/communiques/communique32.php

* Sur le capital fictif
http://mondialisme.org/spip.php?article1209

Rosa Luxemburg
* Introduction à l'économie politique
https://www.marxists.org/francais/luxembur/intro_ecopo/intro_ecopo.htm

* L’accumulation du capital
https://www.marxists.org/francais/luxembur/works/1913/index.htm

Karl Marx & Friedrich Engels
* Le Capital http://classiques.uqac.ca/classiques/Marx_karl/capital/capital.html

 * Salaire, prix et profit https://www.marxists.org/francais/marx/works/1865/06/km18650626.htm