Sommes-nous libres ? - GARAP

Groupe d'Action pour la Recomposition de l'Autonomie Prolétarienne

Sommes-nous libres ?

Le P'tit Rouge n°3 - Février 2018
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Si l’on en croit la propagande omniprésente, cette question ne se pose pas, nous sommes chanceux : nous vivons dans un État de droit, une société démocratique même. Et probablement, nous sommes libres...

Libres de choisir l'entreprise dans laquelle nous travaillons et donc le patron qui nous exploitera. Libres de vivre dans la crainte du licenciement. Libres de supporter constamment la concurrence entre travailleurs, digne héritière d’une organisation sociale où les individus, les entreprises et les nations s’opposent, pour le malheur de tous. Libres de nous faire représenter par les syndicats qui négocient notre exploitation et nous condamnent à la défaite. Libres de ne pas travailler et de subir le contrôle des services sociaux et du chômage, ou le mépris et la répression pour mendicité.

Libres de devenir notre propre patron pour avoir l'impression de ne plus être un exploité. Soit nous devenons notre propre exploiteur, soumis aux lois du marché, soit nous faisons partie du petit nombre de patrons qui arrivent à s'enrichir sur le dos des exploités.

Libres d'encombrer notre esprit et notre espace par la consommation de marchandises aliénantes sous forme d'objets inutiles ou de services étouffants. Libres aussi de choisir avec quelle bouffe industrielle nous allons nous empoisonner, et avec quels anti-dépresseurs nous soignerons le vide de notre existence. Libres de perdre une partie de notre journée dans notre voiture , une partie de notre intelligence devant notre télé, une partie de notre socialité devant notre ordi ou notre smartphone.

Libres de faire nôtres les priorités de nos ennemis de classe en adhérant à la fable de l’intérêt national. Libres de fuir la réalité dans les illusoires consolations religieuses, c'est-à-dire d’attendre la mort passivement.

Libres de choisir, via la mascarade électorale, quels bourges présideront à notre exploitation. Libres ensuite de respecter sagement les lois faites par des riches et pour les riches. Libres de valider ces mêmes lois en participant au cirque démocratique (referendums, votations, pétition, etc...).

Libres finalement de fermer les yeux sur ce panorama infernal, de misère, d’esclavage salarié et de guerre qui ravage la planète, et ce à coté de l’opulence et du gaspillage dans lequel se vautrent des bourgeois qui se croient méritants.

Notre liberté est faite d’une seule chose en résumé : la participation servile au jeu ignoble de la société de classe, au sein de laquelle une minorité possédante fait trimer la majorité de la population à son service depuis des siècles, tout en occultant le sens de cette réalité aux yeux de ses victimes pour s’assurer leur docilité, leur faire accepter l’inacceptable! Dès l'école nous faisons l'apprentissage de l'obéissance, de la hiérarchie, de la compétition, de toutes les connaissances théoriques et pratiques qui feront de nous de futurs travailleurs et consommateurs... libres.

Une chose est ainsi claire : notre liberté, notre liberté véritable , il nous reste à la conquérir, car une classe au pouvoir ne concède jamais rien de sa puissance, sauf à y être contrainte par la force, toute l’histoire humaine en témoigne. Il existe deux types d’esclaves : celui qui s’efforce de rendre les coups, et celui qui s’habitue à les encaisser. Le premier fait l’histoire, le second la subit.

Nous appartenons à la classe mondiale des exploités, qui doit s’unir et s’organiser pour vaincre l’injustice scandaleuse à laquelle elle est quotidiennement en proie. L’isolement des individus est la condition première du maintien de l’injustice au pouvoir. La liberté n'est pas un état individuel mais un rapport social qu'il nous reste à inventer. Organisons nous dans les quartiers et les entreprises, créons des structures d’entraide et d’action, sans partis ni syndicats.

Épargnons aux générations futures de subir à leur tour les conséquences désastreuses de notre passivité. Acheminons-nous vers une société au service de l’humain et de ses besoins, ou tous jouissent égalitairement des richesses qu’ils produisent ensemble et dans laquelle les travailleurs administrent la société dans leur seul intérêt !

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