Groupe d'Action pour la Recomposition de l'Autonomie Prolétarienne

Du bon usage des épidémies

Communiqué n°77 - Mars 2020
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ou le délire hygiéniste au service de la recomposition autoritaire du capitalisme

Lien vers ce communiqué traduit en anglais par Friends Of The Class War sur le site de TŘÍDNÍ VÁLKA : https://www.autistici.org/tridnivalka/making-good-use-of-epidemics/

English version PDF

I. Coronavirus : pandémie mondiale ou arnaque au virus ?

Le totalitarisme signifie étymologiquement "système tendant à la totalité" : issu de l'ouvrage de Hannah Arendt Les Origines du totalitarisme (1951 ; titre original : The Origins of Totalitarianism), le mot totalitarianism exprime l'idée que la dictature ne s'exerce pas seulement dans la sphère politique, mais dans toutes, y compris les sphères privée et intime, quadrillant toute la société et tout le territoire, en imposant à tous les citoyens l'adhésion à une idéologie obligatoire, hors de laquelle ils sont considérés comme ennemis de la communauté.

Définition du totalitarisme1

Essayez la dictature et vous verrez !

E. Macron, 23 janvier 20202

On gère chaque année des épidémies de grippe qui malheureusement font 9 à 10 000 morts.

E. Macron, 6 mars 20203

Nous avons aussi vu du monde se rassembler dans les parcs, des marchés bondés, des restaurants, des bars qui n’ont pas respecté la consigne de fermeture. Comme si, au fond, la vie n’avait pas changé […] Dès demain midi et pour 15 jours au moins, nos déplacements seront très fortement réduits. Cela signifie que les regroupements extérieurs, les réunions familiales ou amicales ne seront plus permises. Se promener, retrouver ses amis dans le parc, dans la rue, ne sera plus possible […] Le Gouvernement précisera les modalités de ces nouvelles règles dès ce soir, après mon allocution. Toute infraction à ces règles sera sanctionnée […] nous ne luttons ni contre une armée, ni contre une autre Nation. Mais l'ennemi est là, invisible, insaisissable, qui progresse. Et cela requiert notre mobilisation générale. Nous sommes en guerre.

Allocution du Président E. Macron, 16 mars 20204

Je ne me laisse pas embarquer dans la terreur. Je ne sais pas deviner l'avenir et n'ai pas l'habitude de croire les plus excités qui se sont toujours trompés dans leurs modélisations. J'analyse au jour le jour, et l'évolution, aujourd'hui, c'est quelques 6.000 morts dans le monde, dont environ 3.500 en Chine où l'épidémie se termine, et 127 en France. Je m'étonne qu'on parle de cause très significative de mortalité, et même de crise sanitaire du siècle, alors qu'en 2017 la grippe et les autres infections respiratoires ont tué entre 14.000 et 20.000 personnes en France […] La plupart des pays n'avait pas pris le type de décision annoncée par la France, sauf l'Italie avec un succès pas vraiment remarquable. L'Allemagne n'a pas fait ce choix, la Corée du Sud non plus, bien qu'elle ait été frappée de plein fouet. En Chine, il n'y a que la région de Wuhan qui ait été mise en quarantaine, là où il y a eu 2.500 morts, alors que le virus a été partout ailleurs. Mais la mortalité ne s'est pas étendue. On prend des mesures qui n'ont rien à voir avec celles de pays qui ont contrôlé l'épidémie.

Professeur Didier Raoult, membre du Conseil scientifique dédié au coronavirus mis en place par le gouvernement français, 16 mars 20205

Ce coronavirus présente une menace sans précédent. Mais c'est aussi une occasion sans précédent de nous rassembler contre un ennemi commun, un ennemi de l'humanité. »

Tedros Adhanom Ghebreyesus, Président de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), 18 mars 20206

Un spectre hante l'Europe : le spectre du coronavirus. Toutes les puissances de la vieille Europe se sont unies en une Sainte-Alliance pour traquer ce spectre : le Vatican7 et la chancelière allemande8, le président français9 autant que ses opposants « insoumis »10, les condés belges11 comme les militaires italiens12.

Pourtant, à rebours du discours alarmiste hégémonique, le Covid-19 dont on nous rebat tant les oreilles se distingue surtout d'autres maladies infectieuses par sa nouveauté – et le caractère effrayant que cela lui confère : sa dangerosité extrême est donc, pour l'heure, surtout potentielle. Pour le reste, et en l'état actuel des connaissances :

En réalité, tout porte à croire que, derrière les faux semblants, la racaille politicienne a bien conscience du caractère a priori commun de cette maladie infectieuse :

En outre, le Covid-19 s'est d'autant plus facilement diffusé en France que les marcheurs au pas de l'oie ont fait tout le nécessaire en ce sens :

Soit dit en passant, rien ne démontre que, s'agissant des publics fragilisés (détenus embastillés dans les geôles de la raie publique française, personnes âgées résidentes en EHPAD, mineurs dépendants de l'Aide Sociale à l'Enfance, femmes victimes de violences conjugales, etc.), le confinement généralisé sauvera plus de vies qu'il ne générera de dégâts humains (suicides et dépressions liés à l'interdiction des visites, contagion généralisée générée par la promiscuité, etc.)41.

L'on ne saurait clore ce point sans évoquer le sempiternel rôle d'idiots utiles joué par les organisations politiques de gauche (au sens large). Rompues à la « fabrication de faux combats pour le présent  et si vaillant[es] à pousser tout ce qui [est] déjà en train de tomber) »42, ces dernières focalisent leurs critiques sur l'insuffisance – certes indéniable – des moyens dont dispose le système public de santé pour faire face à l'épidémie – demandant même, tels O. Faure (PS), J.-L. Mélenchon (LFI), J. Bayou (EELV) et F. Roussel (PCF), à La Répression En Marche de restreindre encore plus fortement les libertés publiques et individuelles43 ! Assurément, l'application incessante de réformes austéritaires à la fonction publique hospitalière44, explicitement endossée par Macron en personne en avril 201845, a nécessairement contribué à dégrader la qualité d'un système de santé naguère considéré par l'OMS comme le plus performant du monde46. Toutefois, en optant pour ce seul axe de lecture de l'actuelle crise, sociaux-démocrates, staliniens et autres altermondialistes avariés viennent totalement valider le discours trompeur présentant – en dépit des données disponibles – le Covid-19 comme une « menace sans précédent »47. Car si, comme l'affirme avec gravité Mediapart, les « services de réanimation se préparent à trier les patients »48, on ne saurait néanmoins oublier que – conséquence de l'état de délabrement organisé du système de santé49 – l'hôpital public a manqué de lits de réanimation avant l'actuelle crise sanitaire, c'est-à-dire dès l'épidémie de grippe de 2017-201850 précédemment mentionnée.

La gestion à flux tendu, appliquée aux hôpitaux de la même manière qu'aux chaînes de supermarché ou aux concessionnaires automobiles, ou à la fabrication des masques chirurgicaux, a pour conséquence une absence de stocks (en l'occurrence de lits et de matériel médical) permettant de faire face à des périls inconnus : elle est absolument incompatible avec la floraison de catastrophes écologiques et sanitaires que ce système produit. Le moindre imprévu se traduit donc par de milliers de victimes parfaitement évitables qui, faute d'une réserve de lits disponibles, passent directement de l'hôpital à la morgue. Ce n'est donc pas la dangerosité particulière de ce virus que cette hécatombe annoncée démontre mais la morbidité d'un système qui a fait de la non-reproduction de la vie et du pillage sa raison d'être. Ce n'est pas non plus l'incompétence des gouvernants ou leur « impréparation » que cette crise révèle mais leur fonction de bons gestionnaires du capital.

En conséquence, les belles âmes citoyennistes qui popularisent le slogan « Restez chez vous ! », s'ils croient ainsi rendre service aux personnels soignants qui craignent – très légitimement – de devoir faire face à un afflux ingérable de patients dans les semaines qui viennent, se font surtout les complices d'une expérimentation totalitaire sans précédent dans ses modalités (l'assignation à résidence – par simple décision administrative et sous peine de sanctions – de centaines de millions de personnes) comme dans son ampleur (plusieurs pays concernés).

Et qu'il faille, dans le système hospitalier de la sixième puissance économique mondiale, hiérarchiser entre les patients à sauver et ceux à abandonner à leur sort sonne comme une condamnation sans appel du mode de production capitaliste qui rend cette aberration possible... et non pas – n'en déplaise aux diverses chapelles de gauche – comme un appel à rétablir urgemment un État-providence fantasmé qui ne reviendra de toute façon jamais, si ce n'est sous la forme d'une farce.

II. Provoquer la crise plutôt que la subir : quand des gouvernants radicalisés se convertissent aux thèses décroissantes et pratiquent le sabotage économique

Les Romains, en ces circonstances, agirent comme doivent le faire des princes sages, dont le devoir est de penser non seulement aux désordres présents, mais encore à ceux qui peuvent survenir, afin d’y remédier par tous les moyens que peut leur indiquer la prudence. C’est, en effet, en les prévoyant de loin, qu’il est bien plus facile d’y porter remède ; au lieu que si on les a laissés s’élever, il n’en est plus temps, et le mal devient incurable. Il en est alors comme de l’étisie, dont les médecins disent que, dans le principe, c’est une maladie facile à guérir, mais difficile à connaître, et qui, lorsqu’elle a fait des progrès, devient facile à connaître, mais difficile à guérir. C’est ce qui arrive dans toutes les affaires d’État : lorsqu’on prévoit le mal de loin, ce qui n’est donné qu’aux hommes doués d’une grande sagacité, on le guérit bientôt ; mais lorsque, par défaut de lumière, on n’a su le voir que lorsqu’il frappe tous les yeux, la cure se trouve impossible. Aussi les Romains, qui savaient prévoir de loin tous les inconvénients, y remédièrent toujours à temps, et ne les laissèrent jamais suivre leur cours pour éviter une guerre : ils savaient bien qu’on ne l’évite jamais, et que, si on la diffère, c’est à l’avan­tage de l’ennemi.

Nicolas Machiavel, Le Prince

Notre pays est en guerre, donc nous avons mis en place une économie de guerre.

Gérald Darmanin, Ministre de l'Action et des Comptes Publics, 18 mars 202051

On n'en est pas à savoir si on a 0,1 ou 0,2% de déficit en plus ou en moins, on en est à sauver l'économie française, pour sauver le fonctionnement de notre État.

Gérald Darmanin, Ministre de l'Action et des Comptes Publics, JT de France 2, 19 mars 2020

Alors, de quoi cette hallucination collective autour du Covid-19 est-elle le nom si, par rapport à ce que nous en savons actuellement, celui-ci n'a rien de particulièrement grave per se52 ? Avant tout, elle est le reflet de la peur panique de certaines bourgeoisies face à l'état de l'économie mondiale. Rappelons, à toutes fins utiles, ces quelques éléments factuels antérieurs à la « crise du coronavirus » :

Ce sombre tableau n'a rien d'étonnant : pour sortir de la gigantesque crise financière puis économique débutée en 2008, les banques centrales ont réanimé le capitalisme en train de se noyer... en lui faisant boire encore plus d'eau – c'est-à-dire en stimulant le crédit par des politiques monétaires résolument expansionnistes. Si ces dernières ont permis à la bourgeoisie de s'acheter une décennie de sursis, ce fut au prix d'une hausse constante de l'endettement public et privé (ménages, entreprises)66 et d'une réduction corrélative de ses marges de manœuvre lorsque surviendrait tôt ou tard un choc endogène ou exogène majeur.

La classe dominante se trouvait, dès lors, face à un insoluble dilemme. Qu'on en juge : plus longtemps les politiques monétaires accommodantes permettraient le maintien de millions d'entreprises zombies67 et du pouvoir d'achat des ménages, et plus violent serait l'atterrissage économique lors de la prochaine crise.

Le choc économique s'annonçant donc d'autant plus rude qu'il serait artificiellement différé, certains gouvernants adeptes de la stratégie du choc ont tenté un coup de poker inédit, révolutionnaire à bien des égards : prendre prétexte du Covid-19 pour faire naître la crise économique par césarienne, plutôt que d'attendre passivement sa venue au monde. Le coronavirus fit ainsi office de deus ex machina. Et le confinement fut, lui, l'instrument permettant cette tentative de reboot du mode de production capitaliste, aussi audacieuse dans son principe qu'incertaine quant à ses résultats.

Qu'il nous soit permis, pour conclure cette partie, de soumettre à nos lecteurs un tableau non exhaustif récapitulant chronologiquement68 la mise en œuvre de ce gigantesque lock-out préventif :

DatePaysZone concernée et nombre d'habitants
23/01/2020 et 24/01/2020Chine69Province du Hubei (46 000 000 hab.)
21/02/2020Italie7011 communes de Lombardie (50 000 hab.)
08/03/2020Italie71Région de Lombardie (16 000 000 hab.)
10/03/2020Italie72Pays entier (60 000 000 hab.)
14/03/2020Espagne73Pays entier (47 000 000 hab.)
17/03/2020France74Pays entier (67 000 000 hab.)
17/03/2020Belgique75Pays entier (11 500 000 hab.)
19/03/2020États-Unis76État de Californie (39 500 000 hab.)
20/03/2020États-Unis77État de New York (20 000 000 hab.)
20/03/2020Argentine78Pays entier (44 000 000 hab.)
20/03/2020Allemagne79Land de Sarre (1 000 000 hab.)
20/03/2020Allemagne80Land de Bavière (13 000 000 hab.)
22/03/2020Tunisie81Pays entier (11 500 000 hab.)

III. Déroutes politiques nationales, impasse économique globale, projet européiste menacé : la bourgeoisie n'offre pour seule perspective que son talon de fer

Sous le gouvernement provisoire [issu de la révolution de Février 1848], on fit imprimer sur des milliers d'affiches officielles que les ouvriers au grand cœur "mettaient trois mois de misère à la disposition de la République" ; il était donc décent, mieux : nécessaire, c'était à la fois de la politique et de la sentimentalité, de leur prêcher que la révolution de février avait été faite dans leur propre intérêt et que, dans cette révolution, il s'agissait avant tout des intérêts des ouvriers. Depuis que siégeait l'Assemblée nationale - on devenait prosaïque. Il ne s'agissait plus alors que de ramener le travail à ses anciennes conditions, comme le disait le ministre Trélat. Les ouvriers s'étaient donc battus en février pour être jetés dans une crise industrielle.
La besogne de l'Assemblée nationale consiste à faire en sorte que [la révolution de] février n'ait pas existé, tout au moins pour les ouvriers qu'il s'agit de replonger dans leur ancienne condition. Et même cela ne s'est pas réalisé, car une assemblée, pas plus qu'un roi, n'a le pouvoir de dire à une crise industrielle de caractère universel : Halte-là ! L'Assemblée nationale, dans son désir zélé et brutal d'en finir avec les irritantes formules de février, ne prit même pas les mesures qui étaient encore possibles dans le cadre de l'ancien état de choses. Les ouvriers parisiens de 17 à 25 ans, elle les enrôle de force dans l'armée ou les jette sur le pavé ; les provinciaux, elle les renvoie de Paris en Sologne, sans même leur donner avec le laisser-passer l'argent du voyage ; aux Parisiens adultes, elle assure provisoirement de quoi ne pas mourir de faim dans des ateliers organisés militairement, à condition qu'ils ne participent à aucune réunion populaire, c'est-à-dire à condition qu'ils cessent d'être des républicains. La rhétorique sentimentale d'après février ne suffisait pas, la législation brutale d'après le 15 mai non plus. Dans les faits, en pratique, il fallait trancher. Avez-vous fait, canailles, la révolution de février pour vous ou bien pour nous ? La bourgeoisie posa la question de telle façon, qu'il devait y être répondu en juin - avec des balles et par des barricades.

Karl Marx, La révolution de juin

[Julia] était, par certains côtés, beaucoup plus fine que Winston et beaucoup moins perméable à la propagande du Parti. Il arriva une fois à Winston de parler, à propos d’autre chose, de la guerre contre l’Eurasia. Elle le surprit en disant avec désinvolture qu’à son avis il n’y avait pas de guerre. Les bombes-fusées qui tombaient chaque jour sur Londres étaient probablement lancées par le gouvernement de l’Océania lui-même, "juste pour maintenir les gens dans la peur". C’était une idée qui, littéralement, n’était jamais venue à Winston.

Georges Orwell, 1984

- Mais quand même, Bob, t'as pas peur que ça se sache, que c'était une arnaque [le "bug de l'an 2000"] ?... Mais... qu'est-ce que tu fous ?!
- Je pose des mouchoirs pour faire fuir les girafes du bureau.
- Bah... y'a pas de girafes dans le bureau !
- Bah non, puisque j'ai posé des mouchoirs pour les faire fuir !

Les Guignols de l'Info, « Le bug de l'an 2000 »82

Nous allons réduire à presque rien l'ensemble de la vie publique.

Markus Söder, ministre-président de Bavière83

En 2009-2010, la grippe H1N1 toucha au moins 10% des habitants de la planète, pour un macabre bilan compris entre 150 000 et 575 000 morts84. Le problème sanitaire ne fût pourtant pas réglé en séquestrant un quart de l'humanité sous couvert d'enrayer la propagation de l'épidémie. Quid de 2020, alors ? Un individu, un groupe de personnes, a-t-il réellement eu l'idée folle de mettre le capitalisme à l'arrêt sur la base de simples décisions administratives, d'assigner 1,7 milliard de personnes à résidence85, de transformer des pays entiers en prisons à ciel ouvert86 ? Est-ce l’œuvre d'un obscur dircab dans un ministère à Paris ou Rome, d'un stalino-capitaliste anonyme perdu dans les méandres de la bureaucratie chinoise, d'un commissaire européen un peu trop zélé, d'un retors think tank patronal ? Ou bien, sous l'effet de lois structurelles impersonnelles, cette solution s'est-elle imposée à certains gouvernements comme une évidence, sans même qu'ils aient conscience d'opérer un choix ? S'il faudra un jour dresser la généalogie de ces coups d'État sanitaires en chaîne, nous ne pouvons en l'état livrer, sur ce point, que les quelques commentaires ci-dessous.

***

À l'image de toutes les dictatures léninistes fondées sur la fable du « centralisme démocratique », la République Populaire de Chine (RPC) a pour habitude de gérer les masses – dont elle se méfie instinctivement, et pour cause87 – par la coercition88. Ce mode de gouvernement89 étant dans l'ADN même de la bureaucratie maoïste, il est logique que, dans la province la plus touchée par le coronavirus, la solution du confinement total ait été retenue alors même que d'autres solutions existent pour résorber ce type d'épidémie (cf. supra).

Mais, alors que l'économie de la RPC a déjà redémarré après la crise du coronavirus et qu'une croissance de 3% est anticipée cette année90, la bureaucratie chinoise n'avait sans doute pas anticipé pareil plagiat de ses méthodes expéditives par des régimes démocratiques bourgeois : elle semble n'avoir rien à y gagner à court terme, car son modèle économique résolument tourné vers l'exportation pâtira nécessairement de l'emprisonnement de 1,7 milliard de consommateurs potentiels. Et, ce, d'autant plus que la demande intérieure chinoise n'est pas apte à prendre le relais91.

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Dans notre univers orwellien, pas étonnant que la Chine serve désormais de modèle92 à l'ensemble du « monde libre ». À l'heure de la traçabilité intégrale des « citoyens », du dépistage des moindres faits et gestes de tout un chacun, de la généralisation de la reconnaissance faciale, vocale, digitale, thermique..., de la vidéo-surveillance et de la géo-localisation, de la diffusion de gadgets comme les applis ou les objets connectés qui aboutissent à confier aux surveillés eux-même le soin de fournir des informations à la police (belle victoire de l' « autogestion »), le monde de télécrans et de patrouilles volantes (aujourd'hui ce sont des drones) décrit par George Orwell dans 1984 n'est plus une fiction mais une réalité, une réalité qui, à bien des égards, est bien plus poussée que le modèle décrit dans le roman.

L'Italie est le premier pays après la Chine à avoir recouru au confinement. Non issu du suffrage universel, né d'une vulgaire révolution de palais qui a renvoyé les sous-fascistes de la Ligue dans l'opposition en septembre 2019, le gouvernement actuel est composé du PD (centre-gauche) et des « populistes » du Mouvement 5 Étoiles (M5S)... Cette coalition aussi baroque qu'impopulaire est nécessairement instable car regroupant un parti à prétention « antisystème » et un parti incarnant ledit Système jusqu'à la caricature. A-t-elle, prévoyant les dégâts potentiels que pourrait faire le Covid-19 dans un pays aussi vieillissant que son système de santé, choisi l'option du confinement dans le seul but de se dédouaner en cas de crise sanitaire ? Il est vrai que l'encagement généralisé de la population ressemblait a priori pour le gouvernement à un jeu à « pile, je gagne, face, tu perds » :

Avec 4 800 morts, dont 800 pour la seule journée du 21 mars93, le confinement n'a pas encore fait la preuve de son efficacité sur le plan médical. Mais il aura au moins trouvé un fervent adepte en la personne de Matteo Salvini : le dirigeant de la Ligue soutient non seulement le principe du confinement mais il reproche, en outre, au gouvernement (qu'il juge trop laxiste) de ne pas l'appliquer dans une version plus « chinoise »94... Comme quoi, entre fils spirituels du Duce et descendants du Grand Timonier, il y a quand même moyen de moyenner !

Remède à la dégénérescence du mode de production capitaliste, le confinement présente, comme tout médicament, ses effets secondaires indésirables. En insistant sur la menace sanitaire grave que constituerait le coronavirus et en décrétant le recours au télétravail, le gouvernement Conte n'avait pas anticipé la réaction de certains cols bleus : car, si le Covid-19 est dangereux pour les employés des bureaux et des administrations, priés de rester chez eux, alors, en toute cohérence, il doit l'être aussi pour eux. D'abord spontanées95, ensuite reprises par les bureaucraties syndicales96, des grèves éclatèrent dans de nombreux secteurs pour réclamer une extension du confinement aux entreprises non vitales97. Se heurtant à ces fractions du prolétariat industriel défendant le principe du confinement de manière plus conséquente qu'eux, la coalition gouvernementale et le patronat durent céder partiellement98. Les confineurs, ces cons finis, se trouvent pris à leur propre piège.

***

Le 6 mars dernier, E. Macron n'avait pas encore réalisé les bénéfices politiques putatifs qu'il pourrait escompter d'un encagement généralisé des 67 millions d'habitants de l'Hexagone. À cette date, il avait encore l'honnêteté de comparer le coronavirus à une épidémie de grippe, et il affirmait : « Il faut pouvoir tenir. Si on prend des mesures qui sont très contraignantes, ce n’est pas tenable dans la durée. »99 Entouré de médiocres mais esprit vif, le nabot de l'Élysée est souple jusqu'à l'excès sur le plan des idées. Ceci fait de lui un traître invétéré, mais probablement aussi un individu capable de penser out of the box. N'a-t-il pas intitulé son ouvrage programmatique Révolution ? Déjà massivement considéré comme un dictateur en raison de la répression violente des mouvements des Gilets Jaunes puis contre la « réforme » des retraites et de plusieurs crimes policiers impunis (pléonasme), lui restait-il encore quelque chose à perdre en s'engageant dans une politique de la table rase assurément « disruptive »100?

Car Macron a, certes, réussi à faire avancer à pas de géant l'agenda patronal depuis son élection, menant avec succès une offensive de classe assumée contre les salariés du secteur privé (ordonnances Macron du 22 septembre 2017), ceux de la SNCF (fin du statut des cheminots par la loi du 27 juin 2018 « pour un nouveau pacte ferroviaire ») et ceux de l'État (loi du 6 août 2019 « de transformation de la fonction publique »), ainsi que contre les chômeurs (décret du 26 juillet 2019). Mais cette blitzkrieg victorieuse ne fut réalisée qu'au prix d'une impopularité record101 et d'un accroissement des antagonismes de classe d'autant plus dangereux pour les dominants que la colère populaire a pris, à l'occasion du mouvement des Gilets Jaunes, des formes que les polices syndicales et partidaires n'ont pas réussi à canaliser102 – les GJ allant même porter le fer directement dans les quartiers de l'Ennemi.

La lutte de classes ayant trouvé sa traduction – de manière évidemment déformée – sur le terrain électoral, le premier tour des élections municipales a révélé le degré de discrédit non seulement de la majorité présidentielle (12,5% des voix à l'échelle nationale103) plombée par ses « réformes structurelles » et d'incessantes « affaires » (Benalla, Ferrand, Delevoye, etc.) mais également – ce qui est peut-être plus inquiétant encore pour la bourgeoisie – de sa fausse opposition spectaculaire : les fafs du RN, dont les listes peinent à atteindre 2,5% des voix104. Le peuple ayant trahi, à de multiples reprises, la confiance des autorités, n'était-il pas tentant, dès lors, de le dissoudre (B. Brecht) ? Inspiré peut-être par les méthodes de l'autocrate turc Erdogan105, Macron décida donc, en même temps que le confinement, du report du second tour du scrutin106.

Depuis les annonces présidentielles du 16 mars, le gouvernement marche sur une ligne de crête très inconfortable : d'un côté, assumer sa politique d'enfermement généralisé des masses et, de l'autre, garantir au maximum la continuité du travail et de l'activité productive. Si l'isolement chez eux des employés, des enseignants, des cadres... permet un développement sans précédent du télé-travail en transportant l'exploitation à domicile et en renforçant l'atomisation des individus, ce nec plus ultra de l'aliénation marchande n'est cependant pas applicable à la totalité des professions. S'ensuit une querelle interminable sur la définition des secteurs et des activités « non indispensables107 », essentiels ou non essentiels, le gouvernement cherchant au départ, comme en Italie, à faire valoir une définition extensive de ceux-ci et ne cédant, dans une certaine mesure, que dans un second temps. Il est en effet indispensable de maintenir en fonctionnement – contre la volonté des travailleurs concernés108 – certaines strates de l'appareil productif et de la machine d'État afin que soient garantis a minima les besoins physiologiques et de sécurité de la population109. Dans le cas contraire, rien ne garantit que la peur de la « pandémie de coronavirus » suffirait à maintenir le troupeau sagement confiné110. Or, en cas de pillages et de violences, les néo-décroissants d'En Marche risqueraient de perdre l'initiative et, par la même occasion, leur audacieux pari111.

Difficile à anticiper car sans précédent, l'enfermement de pays entiers en temps de paix apparaît rétrospectivement en France – berceau de la guerre contre-révolutionnaire112 – comme s'inscrivant dans le droit fil de moults reculs des libertés publiques et individuelles... En réalité même, un véritable fil d'Ariane qui mène du déclenchement du « plan Vigipirate » (1995) au confinement (2020) en passant par la proclamation de l'état d'urgence (2005, 2015), son intégration dans le droit commun (2017), la loi « anticasseurs » (2019), celle sur la sécurité quotidienne (2001) ou encore celle sur les « violences en bande » (2010), sans oublier évidemment la carte blanche accordée à une police sadique massivement acquise aux idées du RN. Mais cette volonté des marcheurs au pas de l'oie de mettre l'Histoire en pause et la lutte des classes sous le boisseau paraît illusoire : quand un gouvernement ultra-minoritaire se réclamant d'un parti fantôme ne tient que par ses soudards, quand c'est toute la société qui in fine est traitée en ennemie, alors la subversion peut également surgir de partout.

***

Ce lock-out international s'annonce d'ores et déjà comme ayant des conséquences économiques majeures, notamment sur l'Union Européenne :

En France, la réponse qui se dessine à cet effondrement provoqué inclut des mesures d'austérité, une politique massive de socialisation des pertes des entreprises connue sous le nom – cher à une certaine gauche & à une certaine droite (LFI, DLF, dinosaures gaullistes, débris chevènementistes) – de « nationalisations »120, un plan de soutien aux entreprises de 45 milliards d'euros121 et des garanties bancaires à hauteur de 300 milliards d'euros122. Ces mesures, qui ne manqueront pas de faire exploser le déficit et la dette publics, s'accompagnent d'injonctions moralisatrices du Premier ministre à « tous devoir, collectivement, faire un effort considérable pour permettre à notre pays de repartir. »123 En vertu de quoi les premiers « efforts » sont déjà demandés au prolétariat : ils se traduisent, dans la « loi instaurant un état d'urgence sanitaire » prestement votée par le parlement124, par une limitation des congés payés et du repos hebdomadaire125.

Victimes d'un odieux chantage à la santé publique ( au choix : « Restez chez vous ! Sauvez des vies ! » ou bien « Rejoignez la grande armée de l'agriculture française ! »126), les prolétaires réquisitionnés de facto sont priés de trimer en silence tandis que ceux désormais jugés surnuméraires doivent avoir le bon goût de rester calfeutrés chez eux. Et si les tentatives de culpabilisation127 venues du plus haut niveau de l'État et fondées sur ce nouvel ordre hygiéniste délirant ne suffisaient pas128, les dominants ont aussi prévu le bâton – et même plutôt deux fois qu'une.

Au pays de Molière et de Pétain, en l'espace d'une semaine, l'amende pour non-respect du confinement est passée de 38 euros à 150 euros129, de téméraires « évadés » ont été placés en GAV au motif hautement fantaisiste de « mise en danger de la vie d'autrui »130 puis, dans la foulée, la commission de l'infraction en état de récidive est devenue passible de six mois de prison, 3750 euros d'amende et de TIG131. Sur les seuls six premiers jours d'encagement généralisé, ce sont plus de 90 000 (!) amendes qui ont été infligées132 (les temps s'annoncent durs pour les finances publiques, il n'y a donc pas de petits profits !). Se croyant revenu en 1942, le préfet de police de Paris Didier Lallement (sic) paraît tout bonnement inarrêtable, enchaînant déclarations martiales133 et surenchère liberticide134. Raccords avec leur chef, des flics parisiens ont même eu la riche idée de coller des prunes à des sans-logis pour non-respect du confinement135. À Nice, ville tenue par Les Républicains, c'est un drone qui vole dans les airs et intime l'ordre aux fuyards de retourner s'auto-emprisonner. À Béziers, le maire facho n'aurait pour rien au monde raté l'occasion d'imposer le couvre-feu136. Dans ce climat joyeux de chasse aux pauvres et aux prolos – voire de chasse à l'homme tout court – le député LR Éric Ciotti et la députée RN Marine Le Pen trouvent quand même le moyen de prôner la mise en place de mesures plus liberticides137... Pourquoi pas, par exemple, un suicide collectif de tous les députés français, eux deux inclus, au nom du principe de précaution138, puisqu'il est désormais avéré que le coronavirus se diffuse notamment depuis l'Assemblée nationale dans laquelle ils siègent139 ?

De l'autre côté des Alpes, des drones sont également utilisés et les forces de l'ordre procèdent à 200 000 contrôles quotidiens140. En outre, être plus de trois personnes sera considéré comme un rassemblement et passible d'une amende de 5 000 euros141.

En Espagne, le non-respect de l'« état d'alerte » qui a été décrété peut entraîner des sanctions s'échelonnant entre 100 euros d'amende et un an d'emprisonnement142. Pour la seule journée du 17 mars, les polices madrilènes et catalanes ont infligé plus de 800 contraventions143.

Enfin, outre-Quiévrain, les auteurs de déplacements jugés non essentiels encourent jusqu'à 4 000 euros d'amende et/ou trois mois de prison144. À Ans – commune située en Belgique et non en République islamique d'Iran... on pourrait s'y méprendre ! – « la police traque désormais les citoyens qui se donnent des bisous dans les lieux publics »145. Les contrevenants risquent 250 euros d'amende... ce qui vaut mieux que les coups de fouet ou la lapidation, mais ne laisse pas d'interroger : à quand des « perquisitions sanitaires » de la maréchaussée pour s'assurer de l'absence de rapports sexuels au domicile de tous ces gueux porteurs potentiels du Covid-19, du VIH, de la chtouille et de tatouages de mauvais goût ?

Moins amusant qu'une histoire belge, la suite de ce lock-out généralisé comporte encore de nombreuses incertitudes. À notre sens, quelques développements à l'échelle mondiale, continentale et nationale paraissent prévisibles mais certaines questions demeurent :

Pour le reste, des points ont incontestablement été marqués par les gouvernants qui ont enfanté cet absurde Pandémonium aux caractéristiques si (d)étonnantes qu'elles ont généré un effet de sidération des masses :

Les provocations verbales de la défunte ordure Thatcher (« There is no such thing as "society" ») s'accordent bien aux présentes réalités : momentanément, la société n'existe plus et les exploités sont au repos forcé – cloîtrés chez eux, sur ordre itératif des gouvernants. Mais, contrairement à la Deuxième guerre mondiale – qui avait détruit massivement les moyens de production et la force de travail, préparant le terrain aux « Trente Glorieuses » – les problèmes économiques demeurent car le capital constant est toujours là, tout autant que le prolétariat. Victoire tactique probante de la bourgeoisie sur le plan politique, le confinement généralisé ne règle rien sur le terrain de l'économie.

***

1929, 1973, 1987, 2008, 2020... les crises du mode de production capitaliste se succèdent et contribuent à chaque fois à remodeler les formes de la domination de classe. La Grande Dépression déboucha sur le nazisme en Allemagne et fut réglée par la seconde boucherie mondiale. Les crises des années 70-80 fournirent le carburant idéologique nécessaire à l'essor de la révolution néolibérale156 au détriment du paradigme keynésien quasi-hégémonique depuis la Libération. Enfin, la bourgeoisie ne s'extirpa de 2008 qu'au prix d'une victoire à la Pyrrhus, le gonflement délibéré des niveaux d'endettement rendant inévitable un prochain cataclysme économique (cf. supra).

Que sortira-t-il de 2020 ? La difficulté pour les exploiteurs réside notamment dans l'absence totale de récits mobilisateurs à refourguer aux masses. Là où le nazisme157 (la conquête de l'espace vital, la supériorité de l'Aryen, le Reich de 1000 ans...), le bolchevisme (la construction du paradis socialiste, l'homme nouveau ou, plus prosaïquement, l'accès à la propriété des terres pour la petite paysannerie158...) ou les juntes latino-américaines (l'entrée dans la société de consommation, l'ascension sociale vers la « classe moyenne ») assortissaient la mise en coupe réglée de la société de promesses susceptibles d'entrer en résonance avec la psychologie des masses159, la domination de classe échoue aujourd'hui à s'appuyer sur un quelconque « grand projet » capable de mystifier durablement les populations et de faciliter la paix sociale. Disparue la carotte, ne reste plus que le bâton.

En France, l'enfermement généralisé des masses sera probablement durci160 et prolongé161. À en croire les sondages officiels, plus de 4 personnes sur 10 font (encore) confiance au gouvernement pour gérer la crise162. Mais la seule question qui vaille est : combien seront-ils bientôt à avoir compris que le gouvernement a créé la crise ?

Sans base sociale digne de ce nom dans le pays, le gouvernement LREM doit, lui aussi, réfléchir en ce moment à cette épineuse question. Peut-être escompte-t-il que le régime d'exception permanent163 lui permettra de tenir le pays sous sa coupe jusqu'en 2022. Si, comme l'affirme un intellectuel libéral, ancienne « plume » de Christine Lagarde, « la gestion d'une épidémie n'est pas une simple affaire médicale. Elle est le reflet, et bien souvent le vecteur, d'un projet politique »164, alors nul besoin d'être un génie pour pouvoir déduire de la gestion du coronavirus par LREM la nature dictatoriale de son projet politique. Mais cette passion rance pour le confinement ne confinera pas longtemps les passions en France. L'Histoire a déjà cloué ce gouvernement vandale et la classe dont il sert les intérêts à un pilori éternel. Au prolétariat, désormais, de finir le travail.

***

Notes :

[21] Cette absence de généralisation des tests accentue la propagation du coronavirus : https://www.24heures.ch/suisse/coronavirus/porteur-sain-asymptomatique-point/story/18122925

[42] Jaime Semprun, L'abîme se repeuple, Éditions de l'Encyclopédie des nuisances, 1997

[49] À ce sujet, on notera ironiquement l'envoi de 17 tonnes de matériel médical destinés à lutter contre le Covid-19 en Chine le 19 février, date à laquelle un décès et plusieurs contaminations étaient déjà recensés sur le territoire hexagonal : https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/le-ministere-et-son-reseau/actualites-du-ministere/informations-coronavirus-covid-19/coronavirus-declarations-du-ministre-et-de-la-porte-parole/article/envoi-de-fret-medical-en-solidarite-avec-la-chine-a-destination-des-structures

[50] Dixit le Professeur Philippe Juvin, chef du service des urgences de l'Hôpital européen Georges-Pompidou à Paris, à l'occasion de cette épidémie de grippe, « les services d'urgences hospitaliers ont été submergés, comme ils le sont désormais chaque année en hiver. Les équipes ont dû faire face à un afflux très important de patients et à une inquiétante pénurie de lits d'hospitalisation. Dans certains services d'urgence, il y avait jusqu'à deux fois plus de patients à hospitaliser que de lits disponibles. Cette situation d'encombrement des urgences est inacceptable, elle augmente le risque pour les patients: ils sont vus plus tardivement, les examens (scanner, biologie, …) sont réalisés plus lentement, et leur surveillance est insuffisante. […] Venons-en maintenant à la réanimation. Cette médecine de très haut niveau est depuis longtemps une des réussites de la médecine française. Or l'épidémie de grippe a montré sa fragilité: nous avons manqué de lits de réanimation. À ma connaissance, c'est la première fois qu'une telle situation survient. C'est une alerte supplémentaire sur le niveau de paupérisation générale de l'hôpital public. » (Cf. https://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/01/23/31003-20180123ARTFIG00167-l-epidemie-de-grippe-revele-la-crise-des-services-hospitaliers.php) ; Cf. également https://information.tv5monde.com/info/la-france-pays-grippe-et-malade-de-sa-sante-148674 ; https://www.lepoint.fr/video/grippe-a-marseille-l-hopital-de-la-timone-sous-tension-12-01-2017-2096656_738.php et https://www.ouest-france.fr/sante/l-hopital-les-urgences-saturees-par-la-grippe-4728565

[52] Pour rappel, il y a aux États-Unis – première puissance économique mondiale – des cas de peste, de typhus et de choléra sans que cela n'intéresse véritablement qui que ce soit et, a fortiori, ne déclenche de psychose internationale : Cf. https://sante.lefigaro.fr/actualite/2015/08/26/24046-hausse-anormale-cas-peste-etats-unis ; https://www.latimes.com/archives/la-xpm-2007-nov-17-na-plague17-story.html ; https://www.mesvaccins.net/web/news/14299-foyer-epidemique-de-typhus-murin-a-los-angeles-aux-etats-unis ; https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4615619/ et https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/6877323

[60] Ibid.

[66] En 2017, « la dette mondiale, publique et privée, atteint 164 billions de dollars, ce qui constitue un record absolu. », Cf. https://www.imf.org/fr/News/Articles/2018/04/09/spring-meetings-curtain-raiser-speech ; concernant spécifiquement la France, Cf. https://www.lesechos.fr/finance-marches/banque-assurances/lendettement-des-entreprises-et-des-menages-saccelere-en-france-1125343

[71] Ibid.

[72] Ibid.

[80] Ibid.

[86] Et également de mettre les auteurs de science-fiction au chômage pour un paquet de décennies...

[87] Cf. Guy Debord, Le point d'explosion de l'idéologie en Chine

[89] Aux effets parfois ambivalents car s'il est, par essence, emprunt de violence, ce mode de gouvernement contribue objectivement à sauver des vies en certaines situations ; Cf. des exemples de gestion drastique des ouragans par le régime castriste cubain : https://www.france24.com/fr/20080907-pres-600-000-deplaces-a-cuba-avant-le-passage-ike-intemp%C3%A9ries et https://www.actulatino.com/2016/10/04/cuba-plus-de-315-000-personnes-evacuees-alors-que-l-ouragan-matthew-menace-avec-des-vents-de-220-km-h/ ; songer également à l'évacuation manu militari des populations urbaines et/ou du personnel qualifié par le régime stalinien vers l'est au fur et à mesure de l'avancée des troupes nazies après le déclenchement de l'opération Barbarossa.

[92] Modèle notamment assumé par le ministre de la santé français O. Véran (Cf. https://www.nextinpact.com/brief/coronavirus---pour-le-ministre-de-la-sante--avec-des-reseaux-sociaux-ouverts--la-chine-n-aurait-pas-ete-si-reactive-11321.htm) mais aussi, en son temps, par l'industriel Serge Dassault, patron du groupe industriel éponyme, sénateur-maire de droite et propriétaire du Figaro : « Moi j'aurais supprimé les 35 heures. Les chinois travaillent 45 heures, ils dorment sur place dans leur usine, ils font de bons produits par chers. La France ne travaille pas […] les 35 heures c'est le cancer de la France, cela a cassé l'industrie. Les gens sont habitués maintenant à ne pas travailler. » (Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Serge_Dassault#Prises_de_positions)

[102] À au moins deux reprises, Macron a personnellement échappé de peu aux foudres des derniers de cordée : Cf. https://www.youtube.com/watch?v=IzRfuOj6HCc et https://www.youtube.com/watch?v=D8MAj_86L3Q

[104] Ibid.

[110] D'autant moins que, à l'occasion du mouvement des GJ, les classes laborieuses ont redécouvert le chemin qui mène dans l'ouest de la capitale...

[111] Les gouvernants sont très conscients de ce risque. Selon un proche du président, cité par Le Monde : « Il est possible de restreindre encore les autorisations de sortie mais il y a un vrai risque que cela dissuade certains salariés à travailler. Or, il ne faut pas casser le secteur de l’agroalimentaire, dont la chaîne est vaste, de l’usine qui fabrique des emballages, à la caissière du supermarché en passant par le chauffeur routier. S’il y a des règles strictes à mettre en œuvre, il y a une limite à ne pas dépasser pour assurer l’approvisionnement de la population en nourriture […] En cas de confinement total et absolu, qui provoquerait une pénurie dans certains endroits, cela pourrait produire un vent de panique plus dommageable que la crise sanitaire. On risquerait alors d’avoir des morts mais pas du coronavirus […] Si on répète qu’il y a un danger de mort à aller travailler, le risque, c’est que des salariés du secteur de l’agroalimentaire fassent logiquement valoir leur droit de retrait. Dans ce cas, cela peut provoquer des réactions en chaîne, avec des émeutes, en cas de pénurie. Il faut vraiment veiller à cela. » (Cf. https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/03/24/coronavirus-emmanuel-macron-face-aux-enjeux-sanitaires-et-economiques-du-confinement_6034186_823448.html)

[124] Cf. https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/03/22/coronavirus-ce-que-contient-le-projet-de-loi-urgence_6034040_823448.html ; comme le précise cet article du Monde, « aucun recours ne va être déposé devant le Conseil constitutionnel, la loi sera publiée dès lundi matin au Journal officiel. » Les députés de gauche, qui sont pourtant assez nombreux pour déposer un tel recours (le seuil est fixé à 60 députés), se sont donc abstenus de contester la constitutionnalité de la loi instaurant un « état d'urgence sanitaire » devant le Conseil Constitutionnel. Ceci revient donc à donner quitus à LREM pour sa gestion à la schlague de la « crise du coronavirus » – à coup de reculs démocratiques et sociaux. Ceci rappelle aussi, s'il en était besoin, que la représentation s'opposera toujours à la classe et que, sur la voie de l'émancipation sociale, le prolétariat ne doit compter que sur ses capacités d'auto-organisation.

[127] Ainsi, selon un proche du président Macron cité par Le Monde, si le confinement « va encore se durcir », c'est « en raison du non-respect des règles » précédemment édictées. La populace, par son goût trop prononcé pour l'école buissonnière, porterait donc la responsabilité de ce nouveau tour de vis liberticide... En réalité, selon Le Monde (même article), « sur les près de 1,8 million de contrôles réalisés par les forces de police, un total de 91 824 infractions ont été relevées depuis leur mise en place, le 17 mars », soit un taux d'infraction de 5% seulement (Cf. https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/03/24/coronavirus-emmanuel-macron-face-aux-enjeux-sanitaires-et-economiques-du-confinement_6034186_823448.html)

[128] « "Quand je vois que des gens continuent à aller au parc, à se mettre ensemble, à aller à la plage ou à se ruer dans les marchés ouverts, c’est qu’ils n’ont pas compris les messages" passés par les autorités, a déclaré le chef de l’État à des journalistes en marge d’une visite à l’Institut Pasteur à Paris. "Ce n’est pas aujourd’hui parfaitement respecté" et "on a beaucoup de nos concitoyens qui prennent encore ça à la légère", a-t-il ajouté » (Cf. https://www.20minutes.fr/societe/2744099-20200319-coronavirus-emmanuel-macron-deplore-trop-francais-prennent-legere-consignes-confinement)

[138] Article 5 de la Charte de l'Environnement de 2004, à valeur constitutionnelle : « Lorsque la réalisation d'un dommage, bien qu'incertaine en l'état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l'environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d'attributions, à la mise en œuvre de procédures d'évaluation des risques et à l'adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage » (Cf. https://www.conseil-constitutionnel.fr/le-bloc-de-constitutionnalite/charte-de-l-environnement-de-2004)

[143] Ibid.

[153] Cf. Otto Rühle, Fascisme brun, fascisme rouge

[156] Pour des exemples d'époque de prose néolibérale infecte et décomplexée, voir par exemple Philippe Auberger, L'allergie fiscale (préface de Jacques Chirac), éditions Calmann-Lévy, 1984, ou encore Jean-Marie Le Pen, Pour la France, Programme du Front National, éditions Albatros, 1985

[157] Cf. Léon Trotsky, Qu'est-ce que le national-socialisme ?

[159] Cf. Wilhelm Reich, La psychologie de masse du fascisme, éditions Payot, 1979

[163] Cf. https://www.lepoint.fr/societe/dominique-rousseau-attention-a-ne-pas-multiplier-les-etats-d-urgence-20-03-2020-2368064_23.php ; les prétextes à ce régime d'exception permanent ne manquaient déjà pas avec la vague de terrorisme islamiste qui touche le pays (ainsi que de nombreux autres) depuis 2015. Les pandémies mondiales en fournissent un nouveau. Demain, la panoplie des prétextes aux reculs démocratiques inclura sans doute des attentats d'inspiration néo-nazie (Cf. les récentes tueries racistes et antisémites à El Paso et Poway au États-Unis, à Christchurch en Nouvelle-Zélande ou encore à Halle-sur-Saale en Allemagne) ou sectaire (sur le modèle, par exemple, des attentats au gaz sarin de la secte Aum Shinrikyō dans le métro de Tokyo en 1995), des catastrophes écologiques et/ou industrielles (Cf. l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen et la gestion désastreuse de ses conséquences par le gouvernement LREM)... L'issue de secours de l'enfer, c'est par où ?

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