RATP, laboratoire réactionnaire

Communiqué n°18 - Octobre 2013

L'entreprise publique comme fer de lance de la prédation capitaliste

Une enquête ouvrière du Groupe d'Action pour la Recomposition de l'Autonomie Prolétarienne

Depuis le milieu des années 1980, la RATP est coutumière des campagnes de communication visant à peaufiner son image de marque. A l’époque, elle tentait déjà de se présenter sous les traits d’une entreprise publique en phase avec les dernières mutations de la modernité qui agitaient la société toute entière.
N’hésitant pas à recourir à la figure provocatrice de « Gainsbarre » pour nous vendre  son « ticket choc », elle cherchait d’abord à effacer définitivement de l’imaginaire collectif toute référence qui la liait à ces bastions ouvriers que furent les grandes sociétés d’Etat de l’après-guerre. Il s’agissait d’y substituer le modèle d’une firme des plus compétitives, ce qui n’allait pas sans sa conversion au marketing décomplexé, censé connecter au mieux les attentes des clients avec ses prestations commerciales. Inutile de dire que cette opération ne s’est évidemment pas limitée à de la publicité : en trente ans, la RATP est devenue une puissante transnationale, aux féroces politiques d’encadrement salarial, qui revêt toutes les caractéristiques d’une entité publique en voie de privatisation. Mais il y a plus, la RATP occupe une place de choix dans la gouvernance politique, sociale et économique, tant aux échelons national qu’européen, car elle possède différents atouts majeurs :

  • Elle est le réseau de transport extrêmement densifié de la première région économique du continent, c’est-à-dire dire une clef incontournable du développement de la mégapole française (dans le cadre de projets de développement tels que « Grand Paris », « Paris Métropole »).
  • Elle est un important  acteur économique au carrefour de la collaboration entre la puissance publique et les intérêts particuliers d’agents économiques privés.
  • Elle est un bijou technologique porteur d’un incomparable savoir-faire aux potentialités juteuses.
  • Elle est un  grand employeur, avec ses 42 000 salariés, qui se doit d’adapter ses « ressources humaines » aux critères de rentabilité drastiques qui président à chaque strate de son organisation, à chacune des étapes de ses activités. Régie publique, elle se positionne dans le cadre des réformes globales de la relation salariale, pour, sans surprise, tenter de s’ériger en modèle de performance managériale.
  • Elle est installée sur le secteur stratégique de la circulation de la population, dont la fluidité est facteur de croissance économique et la sécurisation une donne majeure des mesures générales de contrôle social.

Trésor industriel, champion économique, pièce maîtresse du patrimoine national, la RATP semble évoluer sur une symbolique fantasmée chère à  l’idéologie capitaliste contemporaine : la fusion de l’intérêt général avec la valorisation du capital privé. C’est peut-être là un motif, supplémentaire à celui de la donne économique et sociale, qui fait de la RATP un front avancé de la lutte des classes en France, où se déroulent, depuis des années, d’impitoyables batailles qui apportent systématiquement leurs lots de défaites et d’humiliations à des travailleurs déjà épuisés, déstabilisés et démoralisés par les coups d’une véritable offensive managériale. Celle-ci n’engrangerait pas les stupéfiants succès, qui gonflent la fierté des dirigeants et rassurent les capitalistes collatéraux, si elle ne reposait sur une solide collusion syndicats-employeur, méticuleusement entretenue. Tirée de cette réalité, les scandales récents, dont la chronique journalistique s’est emparée, ont montré que toute l’intensité des enjeux et des rapports de force se concentrant à la RATP va désormais jusqu’à se traduire au travers d’intrigues scabreuses.

Pourquoi et depuis quand la RATP a-t-elle déraillé ? Comment cela s’articule-t-il au concret ? Où va la RATP ? Ce sont ces questions qui guident notre travail d’enquête ouvrière, ajoutées à l’inadmissible souffrance que la piétaille managériale de cette entreprise nous inflige quotidiennement et à la révolte résolue qu’au plus profond de nous elle attise. Nous apportons ici une ébauche de réponses, sous la forme d’une émission radiophonique.

Émission sur Radio Libertaire :

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