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Groupe d'Action pour la Recomposition de l'Autonomie Prolétarienne

Qui sommes-nous ?

Dernière mise à jour : Juillet 2013
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Groupe d’Action pour la Recomposition de l’Autonomie Prolétarienne


Une énième chapelle d’extrême-gauche éclairée par les feux-follets du cimetière marxiste-léniniste ? Un nouveau syndicat, paré à végéter dans l’espérance que des bulletins de vote « socialistes » et des revendications « réalistes » parviendront un jour à ressusciter l’Etat Providence cher à bon papa ? Une cohorte d’excités identitaires fière d’infecter les innombrables blessures historiques de l’être social prolétarien et comptant bien propager la confusion entre colère populaire, haine du progrès humain et agitation particulariste ? Un club de pensée d’ultragauche qui a trouvé refuge dans la publication de savantes analyses destinées à être enfin lues ce beau jour où, par la volonté de la Sainte Histoire, les damnés de la terre se réconcilieront avec la révolution ? Une « commune invisible », du genre « plus-radicale-que-moi-tu–meurs », dont l’inimitable talent n’est pas tant de pouvoir frelater la pensée révolutionnaire avec le poison postmoderne que de savoir planter des choux au milieu d’une éphémère rue libérée par la foule émeutière ? Un « réseau social », dernière génération, qui offre virtuellement à ses adeptes un habillage réussi de l’ennui installé au centre de leurs existences, à défaut de pouvoir l’en expulser ?  Rien de tout ça…

Nous sommes des humaines, des humains. Puisque la singularité individuelle de chacun d’entre nous est, comme chez toute personne, un univers riche de son infinité remodelée perpétuellement ; puisque la marchandise déprécie nos vies en les soumettant à la variété de supermarché, nous te ferons grâce de nous présenter sous le couvert de l’identité (générationnelle, sexuelle, ethnique, confessionnelle, psychologique, etc.). Cette saloperie, décidément très en vogue, n’en reste pas moins une camisole, un emballage tape à l’œil sur la condamnation du sort commun à l’uniformisation dans la pauvreté, un ignoble gage de qualité factice indissociable du règne sans partage du quantitatif. En revanche, s’il y a une dimension à retenir pour nous caractériser c’est bien la position que nous occupons, sous la férule de l’exploitation, au sein du mode de production capitaliste, parce qu’elle définit, en dernière analyse, tous les autres paramètres de nos existences. C’est avant tout en tant que membres de la classe salariée et/ou créatrice de valeur, en tant que prolétaires d’aujourd’hui, travailleurs actifs et chômeurs, lycéens et étudiants, employés et ouvriers, que nous nous adressons à toi. Si tu n’es pas un gros ou petit bourgeois, un flic, un imbécile ou un désespéré, tu peux comprendre ce qui suit. Comme toi, nous traversons cette époque en essayant de garder le malheur à distance. Comme toi, nous n’avons pas d’autre choix que de vendre notre force de travail ou de recourir à l’illicite pour survivre. Comme toi, nous sommes enfermés une bonne partie de la journée dans le monde carcéral de l’entreprise, où nous endurons la tyrannie de l’actionnaire, la cruelle perversion du manager, la bassesse du petit chef, la lâcheté ou la crédulité des collègues, les caprices du client, l’absurdité des tâches inutiles, l’aberration des rapports interindividuels fondés sur la peur et la domination. Et quand ce système réjouissant nous a exclus, nous sommes forcés de faire des pieds et des mains pour y retourner souffrir, croupir. Le reste du temps, on nous fait consommer l’indispensable empoisonné et le superflu aliénant à l’aide du fric obtenu dans la douleur ou avec celui qui nous est fourgué par les organismes de crédit et autres banques. Comme toi, nos sens, nos pulsions, nos pensées, sont absorbés constamment, ou presque, par le gigantesque trou noir spectaculaire-marchand qui fait office de cœur à cette société. Comme toi, chacun d’entre nous possède une trajectoire existentielle qu’il pourrait croire singulière mais dont la similarité avec celle du lambda trahit le peu d’action authentique sur le réel qu’elle induit. Nos préoccupations matérielles se mêlent aux soucis et aux pseudos satisfactions de la passivité que meublent les relations affectives, sexuelles, le couple, la famille, l’ego, les « amis », les loisirs. Alors que le capital a éradiqué la plupart des socialités, et leurs lieux, qui lui préexistaient ou lui échappaient, l’idéologie dominante nous incite à regarder le cocon domestique tel le domaine ultime des enjeux décisifs, le versant véritable de la réalisation individuelle où, si l’on se débrouille bien, fleurira le bonheur. Pourtant, la vie privée est si intégrée à l’activité marchande, puissance incomparable de dépersonnalisation, qu’on ne peut plus l’en dissocier, au point qu’il suffit de la filmer telle qu’elle est pour lui conférer le statut de vulgaire produit télévisuel. C’est par ce préfabriqué dérisoire, où le destin de chacun est assigné à résidence, que nous devrions être obnubilés, jusqu’à nous y accrocher corps et âmes, d’autant que, sous la pression des courants irrésistibles du naufrage économique, il se serait changé en abri de fortune. Car, comme par magie, à en croire les experts et les bonnes gens, cette supposée « place au soleil »ne serait impactée qu’à la périphérie, partiellement ou provisoirement, par le délabrement de son vaste environnement sociétal que constituent le monde grouillant des sept autres milliards de terriens, sa crise, sa politique, ses grandes affaires…

Comme toi, nous sommes traités en cerveaux éteints où l’ordre social pourrissant déverse les restes des mythes unificateurs et fragmentaires qui, jadis, lui servaient de projets de civilisation.

Comme toi, peut-être, nous n’en pouvons plus d’habiter ce pandémonium, décoré en cirque global, dans lequel nous nous débattons. Comme toi, peut-être, nous ne parvenons pas à nous débarrasser de ce sale sentiment d’être du bétail à fils à papa, programmé pour se dévitaliser à petit feu ou s’autodétruire, par la dépression ou le suicide, en cas d’avarie. Comme toi, peut-être, nous sommes ulcérés par la guerre en cours que ces nantis mènent à l’humanité et plus largement, au vivant. Comme toi, peut-être, nous avons la sensation de pisser notre âme sous la lourde pression du présent perpétuel. Comme toi, peut-être, nous n’en pouvons plus de contenir notre rage devant les cents milles manifestations du triomphe de la barbarie : de la face hautaine du patron du MEDEF, du clic de la souris du trader qui déclenchera des famines loin de chez lui à celui du paumé paranoïaque gavé aux théories du complot, de la disparition exponentielle et irréversible des espèces et du merveilleux que recèle le milieu naturel, jusqu’à l’inquiétante inaptitude à formuler un discours clair qui semble affecter nos contemporains, en passant par la terreur nucléaire qui plane sur nos têtes, la misère endémique qui gagne toutes les latitudes, l’insupportable résurgence des phénomènes archaïques de la réaction encouragée par les développements les plus sophistiqués de la réification capitaliste, la déshumanisation qui partout s’incruste, etc. Enfin, comme toi peut-être, nous refusons d’affronter les problèmes sous la forme qu’ils nous parviennent, c’est-à-dire en vrac, de façon parcellaire, dans le langage de l’ennemi. Nous essayons plutôt de tout connecter, d’interpréter, de mesurer les entités et les faits, à la lumière historique. En d’autres termes, nous nous attachons à produire une pensée unitaire et la pratique conséquente qui en est consubstantielle.

Ainsi, nous sommes parvenus à la conclusion qui est en même temps le point de départ de notre démarche. Trois facteurs déterminants de notre réalité de prolétaires nous poussent à nous organiser dans une perspective révolutionnaire :

1) Nos besoins vitaux, à l’instar de nos profondes aspirations à vivre librement, c’est-à-dire dans l’égalité économique, politique et sociale, sont définitivement opposés au rapport social de production dominant, le capitalisme.

2) L’unique voie qui permettra de libérer nos vies et de garantir l’épanouissement des générations à venir, tout en écartant le risque protéiforme d’un proche chaos cataclysmique, est celle qui débouchera sur la destruction de la société de classe. En l’empruntant, nous nous mettons collectivement en action, en tant que prolétaires, contre la bourgeoisie et ses défenseurs.

3) Nous devons nous unir sur des bases authentiquement conformes à nos desseins, en cherchant à ne pas répéter les échecs du passé, à éviter les pièges du présent, à contourner les impasses du futur. Nous sommes les fruits de l’Histoire. Ignorer celle-ci c’est méconnaître notre essence même. Synthétiser ce que le mouvement révolutionnaire a jusqu’à maintenant apporté de plus irréfutable, de plus éclairant, est une impérieuse nécessité, non seulement pour saisir pertinemment l’historicité de notre démarche mais aussi et surtout pour lui accorder un degré d’efficacité à la hauteur des défis de notre temps.

C’est pourquoi, nous avons fondé le Groupe d’Action pour la Recomposition de l’Autonomie Prolétarienne. Notre but est de préparer et de contribuer au prochain « coup du monde », qui saura renverser le capitalisme. Nous mettons en œuvre tous nos moyens, toutes nos ressources, toutes nos forces, pour qu’advienne la société sans classes sociales ni Etat ni argent : le communisme.

 

Positions du GARAP

Nos positions sont amenées à évoluer et à s’affiner du fait de l’approfondissement de notre travail théorique et de notre implication dans la lutte de classes.

Positions générales       :

Nous voulons       :

Nous voulons :

 

Sur les syndicats et le syndicalisme

Les syndicats sont des organisations de travailleurs qui, à l’origine, se sont constituées sur la reconnaissance des intérêts distincts entre prolétaires et bourgeois. Ces regroupements sont supposés viser à l’amélioration des conditions de vies des salariés au sein de la société capitaliste ; la suppression du salariat, que certains d’entre eux conservent comme objectif dans leurs statuts, n’est plus qu’un vestige de la jeunesse du syndicalisme, époque où une grande partie de classe ouvrière, en quête d’armes sur le chemin de son émancipation, pouvait croire à l’emploi révolutionnaire de l’outil syndical. Hormis les débris  anarcho-syndicalistes et syndicaliste-révolutionnaires, ils sont depuis longtemps étrangers à toute prétention au renversement du capital en vue d’une société sans classe. Après avoir activement encadré, du dernier quart du 19ème siècle jusqu’à la seconde moitié du 20ème siècle, l’affirmation et l’extension du prolétariat comme classe intégrée au rapport social capitaliste, ils participent, depuis, à sa recomposition à l’intérieur de ce même rapport. Ainsi, bâillonnent-ils, d’un côté, la force révolutionnaire de la classe prolétarienne en tant qu’uniques détenteurs du droit de grève, cette confiscation de la capacité autonome des exploités à cesser le travail et se battre selon leurs moyens, intérêts et perspectives propres. De l’autre, les syndicats accompagnent le processus perpétuel d’optimisation de la valorisation du capital, dont la fameuse mal nommée « rationalisation » du travail (puisqu’elle correspond en vérité à la dévalorisation du capital variable) est l’une des principale facettes ; mission qu’ils n’ont de chance de réussir que s’ils l’accomplissent au nom des travailleurs, dont ils parviennent à recueillir l’assentiment versatile en se mobilisant dans les luttes locales et immédiates tout en usant d’une expérience de la négociation, de la rhétorique ainsi que de la pseudo-légitimité que leur attribuent la loi bourgeoise.

La représentation syndicale est d’autant plus menée avec efficacité qu’elle entretient, le plus souvent avec succès, le mensonge selon lequel combat économique et lutte politique du prolétariat sont deux dimensions à tenir séparées l’une de l’autre. En outre, le corporatisme est de mise, avec la structuration en fédération des métiers à partir de laquelle s’opère la division des travailleurs, des luttes, des revendications légitimes. A cela s’ajoute que le pouvoir des hautes sphères syndicales ne peut se consolider qu’à condition de contrôler sa base, dont il peut, selon les cas, briser violemment les velléités ou accorder du leste, gage de crédibilité quand la radicalisation des luttes est irrésistible, processus qu’il s‘agit alors d’adopter pour mieux réussir à le dompter. Le maillage du salariat, assuré par les bureaucrates syndicaux, ces fonctionnaires de la contestation, est la condition sine qua non de l’existence du syndicalisme comme ministère informel de gestion de la force de travail. Il est dans l’essence même de leur fonction que les syndicats s’adonnent incessamment à des exercices d’équilibre contrôlés entre validation et contestation du développement des modalités d’exploitation ; postures qui, néanmoins, aboutissent toujours à ce que la validation l’emporte dans les faits. De même que lorsque ces manœuvres sont en passe d’échouer sous la pression des travailleurs, localement ou globalement, il n’est pas surprenant d’observer les syndicats muter en milices contre-révolutionnaires, comme ce fut le cas, par exemple, en 1936-1937 et 1968 en France et entre 1969 et 1980 en Italie.

Clowns d’un grand cirque où les rôles entre contestataires et collaborateurs sont toujours méticuleusement répartis et, de temps en temps, redistribués, les syndicats s’activent allègrement à la mise en place des réformes bourgeoises, articulée sur une subtile et solide proximité avec le patronat. Celle-ci est récompensée et renforcée par les postes que la bureaucratie syndicale occupe au sein des organismes étatiques et paraétatiques chargés de la gestion du salaire différé (caisses de retraite, allocations chômage, assurance sociale, comités d’entreprise) ou relevant des conditions de travail (CHSCT, CTP, CAP) dans les secteurs privé et public. Les syndicats servent au mieux la pérennité du capitalisme, non seulement parce qu’ils appuient l’idée qu’aucune lutte de la force de travail ne peut aboutir en dehors du présent ordre social mais aussi parce qu’ils vivifient la domination patronale en pointant continuellement ses contradictions, leurs potentialités subversives, de même qu’en proposant des options acceptables à leur résorption. D’ailleurs, ils vont jusqu’à se poser en colégislateurs de l’encadrement juridique du salariat. En effet, nombre de leurs préconisations sont régulièrement retranscrites dans la loi.
La recomposition du travailleur total étant toujours plus incompatible avec sa reproduction sociale, les syndicats négocient principalement la régression sociale et économique des exploités. Au mieux, parviennent-ils, ça et là, à récolter quelques miettes. Les simulacres de contestation de rue, qu’ils organisent régulièrement à grande échelle, lors des fameuses « journées de mobilisation », servent de défouloirs inoffensifs tout comme ils épuisent la détermination de la classe laborieuse. Au passage, ces processions pour « bétail salarial » dégradent, sur le plan symbolique, les qualités d’intelligence et de combativité qui font du prolétariat la seule classe potentiellement fossoyeuse du capitalisme.

Les syndicats sont les cogestionnaires de la condition du prolétariat. Le syndicalisme ne mène pas à la révolution mais bien à l'aménagement de l'abîme capitaliste. Les boureaucrates administrant la misère ouvrière au chaud dans leurs fauteuils, se déclarent représentants des masses, interlocuteurs privilégiés. Ils sont dans une position d’intermédiaire entre l’Etat, le Patronat et la masse, autrement dit dans une position de domination sur les travailleurs.

« Le syndicalisme » par Anton Pannekoek, 1936 :
Le but du syndicalisme n'est pas de remplacer le système capitaliste par un autre mode de production, mais d'améliorer les conditions de vie à l'intérieur même du capitalisme. L'essence du syndicalisme n'est pas révolutionnaire mais conservatrice. (…) Il existe donc une différence entre la classe ouvrière et les syndicats. La classe ouvrière doit regarder au-delà du capitalisme, tandis que le syndicalisme est entièrement confiné dans les limites du système capitaliste. (…) Le syndicalisme ne peut représenter qu'une part, nécessaire mais infime, de la lutte des classes. En se développant il doit entrer en conflit avec la classe ouvrière, qui, elle veut aller plus loin. (…) Toutefois, chaque petite victoire est un progrès en soi. Car elle entraîne avec elle une vague de solidarité ouvrière: les masses prennent conscience de la puissance de leur unité. A travers l'action, les travailleurs comprennent mieux ce que signifie le capitalisme et quelle est leur position par rapport à la classe dirigeante. Ils commencent à entrevoir le chemin de la liberté. La lutte sort ainsi du domaine étriqué du syndicalisme pour entrer dans le vaste champ de la lutte des classes. C'est alors aux travailleurs eux-mêmes de changer. Il leur faut élargir leur conception du monde et regarder au-delà des murs de l'usine vers l'ensemble de la société. Ils doivent s'élever au-dessus de la mesquinerie qui les entoure et affronter l’Etat.

« Les syndicats contre la révolution » par Benjamin Péret et Grandizo Munis, 1960 :
Contre cette gauche allemande et hollandaise, Lénine écrivit alors « La Maladie infantile du communisme », à laquelle Hermann Gorter répliqua par une « Réponse à Lénine » qui comporte une critique des syndicats encore entièrement valable aujourd’hui. Il dit en substance que les syndicats convergent vers l’Etat et tendent à s’y associer contre les masses, que les ouvriers n’y ont pratiquement aucun pouvoir, pas plus que dans l’Etat, qu’ils sont impropres à servir d’instrument pour la révolution prolétarienne et que celle-ci ne peut vaincre qu’en les détruisant. Disons-le bien haut, dans cette polémique (dont la IIIème Internationale ne nous fit connaître que l’argumentation de Lénine, omettant de publier celle des opposants), c’était Gorter qui avait pleinement raison, du moins sur ce point. Dans cette brochure, il oppose aux syndicats, où les ouvriers n’ont pratiquement pas d’autre pouvoir que celui de payer les cotisations, le comité ou conseil d’usine démocratiquement élu par les travailleurs sur les lieux de travail, dont les membres placés sous le contrôle immédiat et constant de leurs mandants sont révocables à tout moment. Ces comités sont de toute évidence l’émanation même de la volonté des masses en mouvement dont ils facilitent l’évolution. C’est pourquoi, dès qu’ils apparaissent, même sous la forme provisoire des comités de grève, ils sont autant aux prises avec les dirigeants syndicaux, dont ils menacent le pouvoir sur les ouvriers, qu’avec les patrons. Les uns et les autres se sentent également menacés, et de la même manière, si bien qu’en général les dirigeants syndicaux s’entremettent entre patrons et ouvriers pour faire cesser la grève. Je suis convaincu qu’aucun travailleur ayant participé à un comité de grève ne me contredira, surtout en ce qui concerne les grèves des dernières années. Il est d’ailleurs normal qu’il en soit ainsi puisque le comité de grève représente un nouvel organisme de lutte, le plus démocratique qu’on puisse concevoir. Il tend, consciemment ou non, à se substituer au syndicat qui défend alors les privilèges acquis en cherchant à réduire les attributions que le comité de grève s’est accordées. Qu’on juge alors de l’hostilité des syndicats à un comité permanent, appelé par la logique même des choses à se les subordonner et à les supplanter !

Déclaration de l’assemblée ouvrière et étudiante de Turin, 1969 :
Nos revendications ne sont pas une plate-forme revendicative alternative, ils sont une lutte contre les contrats, contre la trêve planifiée par les syndicats, contre l’organisation du travail; une lutte qui ne peut être résolue par quatre grèves bidon programmées avec le patron. Par conséquent, notre autonomie vis-à-vis des patrons devient aussi autonomie vis-à-vis des syndicats qui acceptent de fixer avec les patrons les règles d’une « juste » exploitation des ouvriers. »


Perspectives du GARAP :


Faire sauter le verrou syndical, rouage disciplinaire au cœur de la reproduction marchande.
Légalement la grève est à l’initiative des syndicats. De cette manière, le syndicat impose le planning des revendications. Il est l’interface entre l’exploité et l’exploiteur. Parmi les travailleurs, il y a des syndiqués sincères. Mais comme pour beaucoup de prolétaires, la peur de la vie s’est installée et le repli est devenu paralysant.

Les premières actions à mener consistent à observer puis à prendre contact avec les autres travailleurs syndiqués ou non, se renseigner sur ce qui ne va pas dans l’entreprise. Connaitre les délégués syndicaux et autres représentants du Comité d’Entreprise. Savoir ce qui se passe sur les autres sites du groupe, dans les autres services. Engager les discussions sur les problèmes que connaissent de nombreux collègues : salaires, conditions de travail, harcèlement,...
Pousser les syndicats dans leurs contradictions - celles-ci soulevées grâce à une bonne connaissance du lieu de production - et les inciter à organiser des assemblées générales. Souvent les syndicats ont besoin du soutien des salariés avant d’entamer des négociations. Les AG sont alors l’occasion d’élargir les plateformes de revendications sur les points que les bureaucrates syndicaux ne veulent pas aborder (ou de loin comme le remplacement du capital variable par du capital constant - la substitution des hommes par des machines, la contraction du salaire, la flexibilité). Ces assemblées sont, par ailleurs, l’expression de la modification possible du réel.

L’encadrement et la gestion du conflit dépend alors du rapport de force que les camarades autonomes auront pu établir. L’étau se desserrera à mesure que les travailleurs s’enrageront collectivement contre les exploiteurs et seront à même d’imposer le calendrier des luttes en se débarrassant de toute représentation.
Le syndicat sert de marchepied à une action durable et plus large. Mais principalement son rôle sert à encadrer les travailleurs, à accompagner la répression et favoriser l’éviction de la sphère de reproduction pour perpétuellement faciliter et augmenter la productivité.

Le comité de lutte est l’outil que se donnent les grévistes pour répondre, indépendamment de la représentation syndicale, aux attaques du capital. Il ne faut pas se leurrer, les bureaucrates syndicaux ne sont pas loin et, en donneurs de leçon, ils participent - dans un premier temps - à ces comités. Leurs diverses tentatives de sabotage du mouvement seront rapidement identifiables. A charge, pour les travailleurs autonomes de faire en sorte que le comité de grève éjecte les bureaucrates au fur et à mesure de la lutte.

Si la constitution du Comité de lutte échoue, si la lutte que les travailleurs conduisent échoue, si la répression se fait sentir sur les camarades, la stratégie de repli et de recueil d’informations tous azimuts peut habilement être complétée par une adhésion au syndicat. Adhésion purement formelle et temporaire mais qui présente l'avantage de «rentrer» dans le camp ennemi pour le prendre à contre-pied et paralyser ses velléités répressives. Les bureaucrates sont alors obligés de défendre des adhérents désormais détenteurs d’informations, tout en étant sous la coupe, par exemple, de rapports embarrassants transmis à la fédération syndicale sur : leurs agissements peu compatibles avec la défense des intérêts des travailleurs, la décomposition syndicale locale et l’urgence du remplacement des délégués syndicaux. Il ne s’agit pas de faire du para-syndicalisme ou de la rénovation syndicale mais au contraire d’accentuer les contradictions pour faire apparaitre - aux travailleurs - le rapport social tel qu’il est réellement.

Par conséquent, d’un point de vue stratégique, les prolétaires peuvent être amenés, en amont et au cours de luttes dans l’entreprise, à utiliser, à noyauter une section syndicale. Il s’agit alors d’y employer les sources d’informations, tant au sujet de la dimension économique et managériale de l’entreprise que sur le syndicat lui-même (les rapports de pouvoir en son sein, ses contradictions, les relations qu’il entretient avec la direction, les travailleurs, avec sa hiérarchie syndicale, les optiques affichées et dissimulées qu’il se donne). On peut aussi rejoindre ou créer une section syndicale pour déstabiliser momentanément la direction, se servir de cet appareil en vue des objectifs ci-dessus détaillés, l’utiliser comme caisse de résonance de positions autonomes et vecteur d’unification des travailleurs. Cette démarche répond le plus souvent à des conditions de lutte difficiles, de basse intensité ou préparatoires à une offensive autonome. Elle est condamnée à demeurer provisoire. A mesure que le processus de radicalisation, de l’échelon local jusqu’au niveau global, s’approfondira, le syndicat manifestera toujours plus clairement sa nature de rouage du système d’exploitation. Il s’érigera inéluctablement en obstacle à détruire sur la voie de la révolution. Il est donc très important de balayer tout espoir dans les syndicats. Ainsi, il faut bannir définitivement les illusions marxistes-léninistes qui dépeignent les syndicats tels des instruments à reconquérir dans la mesure où ils auraient été confisqués au prolétariat par des directions pourries. On aurait tout à perdre à se fourvoyer dans une telle tâche et d’abord du temps, de l’énergie et son intégrité.  Au final, le but est bien de faire exploser la structure syndicale devant ses propres antinomies, et amener à la création de comités de lutte, d’assemblées, autonomes.

L’œuvre autonome des travailleurs consiste à cette étape à       :
- Engager la grève reconductible, tenir des piquets de grève, créer une caisse commune et établir la liaison avec les autres entreprises.
- Coordonner les actions, apprécier la répression, associer la population, embrasser l'ensemble des problématiques nuisibles à l'existence - les terrains colonisés par le capital, établir des objectifs audacieux se connectant avec l'abolition du salariat.

Il s’agit de partir des lieux d'exploitation pour ensuite embraser l'ensemble de la société. La lutte surgit de l'entreprise pour occuper et transformer tout l'espace.

 

Sur les partis politiques et l'organisation

De nos jours encore, le parti est un composant indispensable de la recette magique de la démocratie représentative. Celle-ci repose sur l’amalgame entre la liberté politique générale et l’exercice du pouvoir d’une minorité, grâce au principe de la délégation, qui s’articule autour du « suffrage universel » et ses institutions consubstantielles. Dans cette optique, les partis sont les forges du pouvoir, libres d’accès au lambda, depuis que celui-ci a été consacré « citoyen » au fil des deux siècles écoulés. Dès lors, tout un chacun, armé d’un peu de bonne volonté et de civisme, est susceptible de contribuer à l’élaboration de programmes politiques et aux choix de candidats aux élections, lesquels seront chargés de la mise en application des premiers au sein des différents échelons institutionnels. Le cercle vertueux démocratique est bouclé : de la base vers le sommet, la société responsable prend les rênes de son destin compte tenu  que c’est le « peuple », le riche valant le pauvre, la femme comptant comme l’homme, qui est à la manœuvre. Amen. On rirait à la lecture de cette fable bourgeoise si elle était définitivement consignée au registre clôt de l’Histoire asservie. Mais ce n’est malheureusement pas le cas. Au contraire, une telle mystification est censée décrire fidèlement notre présent, qui n’est en fait que le produit de notre musèlement politique. En sus d’être grossièrement fausse, cette légende est par conséquent des plus immondes. Au cœur du vieux marasme démocratique occidental, le prolétariat doit recracher, jusqu’à la dernière goûte, ce poison mental. Sous les régimes de même acabit qui émergent à sa périphérie, il doit le laisser pourrir dans les têtes perfides des vautours capitalistes. Car, toute démocratie non achevée est une dictature camouflée. Et c’est bien la dictature de la classe incarnant le capital qui, dans le monde entier, est le seul et unique système politique en place, qu’elle qu’en soient les variantes. Partant, le citoyen n’est qu’un artifice juridique, une chimère servant de faire-valoir à l’oppression de l’individu concret, à son atomisation sociale et économique, à l’exploitation de sa force de travail, à la confiscation de son pouvoir de régir sa vie au sein d’une communauté libre et égalitaire. Pour nous qui sommes prolétaires, parti politique est synonyme d’un univers ennemi, gros de mafias, d’intrigues, de mensonges, d’autorités masquées, de la consolidation de l’ordre dominant et de la manipulation des masses. Ce constat est si évident, si façonné par les déboires passés et présents de notre classe, qu’il est comme gravé dans notre inconscient social. Et ce réflexe de réfutation de la falsification démocratique, la bourgeoisie le craint aussi bien qu’elle souhaite l’éliminer. C’est pour cela qu’elle l’insulte en l'amalgamant aux manifestations du paroxysme de l’aliénation que sont les insanités d’extrême-droite.

Le parti est la forme d’organisation politique par laquelle la bourgeoisie s’est affirmée comme classe révolutionnaire et s’impose constamment en tant que classe dirigeante à la tête de l’Etat. Rien que pour cette raison, il devrait être tenu en suspicion par les travailleurs. Dans sa conception, il est le reflet de la hiérarchie et de la séparation sociale, ces deux aberrations ancrées au plus profond de la mentalité capitaliste. Par sa fonction, il sécrète et forme des spécialistes assignés à des postes et des rôles nuisibles, gonflés par des rangs d’opportunistes voraces. Il attire et tente de fidéliser (souvent en les stipendiant) des militants, adhérents ou sympathisants, qui servent de piétailles à des décideurs professionnels triés sur le tas selon le degré de compromission qu’ils entretiennent avec la classe capitaliste. Les similitudes entre parti politique et entreprise sont criantes. Le parti politique fabrique des marchandises destinées à un secteur central de l’organisation spectaculaire générale, celui du façonnement et de l’exercice du pouvoir séparé. Dans ces conditions, le personnage politique est une version de la vedette, ce produit qui se vend comme un autre, à ceci près que contrairement à un chanteur ou une star de cinéma, il puise directement sa valeur d’échange dans le rapport de force entre les classes ; rapport de force que lui et ses clones sont voués régulièrement à éradiquer sous l’effet d’un projet social rénové mais qu’ils n’ont pourtant jamais fait que perpétuer, malgré leur fantasme d’une disparition prochaine de l’encombrante lutte des classes par le truchement d’une « gouvernance » efficace. Et comme la réalité s’obstine à déserter leur pauvre marotte d’un monde exploité pacifié, ils s’acharnent à nier totalement ou partiellement, ouvertement ou par omission (selon leur positionnement sur l’échiquier politique) l’existence de l’exploitation capitaliste, de la lutte des classes et de l’issue communiste permettant de s’extirper du présent ordre social.

Telle une enseigne tapageuse au supermarché de la politique, le parti racole auprès du plus grand nombre. Il tente d’y capter les efforts et les esprits des plus crédules pour placer ceux-ci au service de leurs exploiteurs. Il stimule au passage mille illusions qui sont autant d’obstacles à l’essor de la conscience révolutionnaire du prolétariat, et d’abord que s’opérerait effectivement un changement de pouvoir permanent tant au sommet de la pyramide sociétale qu'à chacun de ses étages.

En s’intégrant, il y a plus d’un siècle et demi, à la représentation politique, la classe ouvrière n’a pas seulement singé la fraction la plus vivace de la bourgeoisie, elle a octroyé des décennies entières de sursis à la démocratie capitaliste. Mais, de trahisons en défaites, de capitulations en compromissions, jusqu’à leur hostilité assumée contre les masses, les hiérarques issus des « partis prolétariens » ont irrémédiablement dégoûté leur électorat et leur base militante. Aujourd’hui, et depuis longtemps, la plupart des prolétaires savent que la farce des partis est un jeu de dupe au seul service des possédants. Peu croient encore que la classe exploitée résoudra sa situation historique par le biais d’une extériorisation de ses propres forces. A partir de cette posture désabusée, résultant principalement de l’antagonisme féroce entre les travailleurs et leur représentation tout au long du 20ème siècle, beaucoup ont franchi le seuil fatidique dans la résignation qui leur a fait tourner le dos à toute idée d’émancipation collective. 

Le prolétariat, quand il vote encore, le fait par dépit et sans y croire. C’est pourquoi, les partis politiques comptabilisent un nombre d’adhérents ridicule par rapport au total de la population. Cette défiance acquise des exploités à l’égard de la délégation de pouvoir est une condamnation sans appel de la démocratie représentative, ce gros ressort du Spectacle, laquelle vient révéler l’inefficience de la forme parti dans l’opération permanente de légitimation de l’ordre dominant. Cette crise de légitimité des partis politiques, aggravée ces trente dernières années, a opportunément concordé avec l’émergence d’une élite non élue, placée aux plus hautes sphères décisionnelles de l’appareil d’Etat (en ses échelons nationaux, continentaux et mondial, centralisés et déconcentrés) et des organismes para-étatiques (FMI, Banque Mondiale, OMC). Les aléas induits par le mécanisme électoral (votations populaires non conformes aux plans de la bourgeoisie, élus plus ou moins compatibles avec les attentes des capitalistes…) sont ainsi évités.

Bien qu’en crise de légitimité et gagnés par l’inanité, les partis politiques demeurent des écuries du pouvoir d’Etat capitaliste, dont l’une des premières tâches est d’alimenter le pseudo-consensus démocratique chargé de couvrir l’exploitation. Il faut donc œuvrer à leur disparition prochaine, ce qui passe par la neutralisation de leur emprise sur les masses. Cette tâche doit reposer sur la critique impitoyable des discours trompeurs qu’ils profèrent et des agissements funestes qu’ils perpètrent. 

Certains partis se parent du drapeau de la révolution ou d’un langage pseudo révolutionnaire, notamment à l’extrême gauche du capital. En arrière-fond de ces casernes décrépies, c’est toujours l’icône du chef, de l’idéologue, voire de l’homme providentiel qui reluit. Une icône, usée par les décennies à produire de terrifiantes alternatives de domination sur les masses, et qui, en vérité, est toujours un reflet plus ou moins fidèle de la figure du bourgeois.
On ne détruit pas l’aliénation en recourant à des moyens aliénés. Aussi, le prolétariat est-il capable de construire et de conduire, comme il l’a déjà démontré par le passé, son propre type d’organisation, en phase avec la spécificité de sa tâche historique, la révolution de la conscience. Etrangère à tous modèles de gouvernance affichés par les capitalistes, l’organisation prolétarienne ne saurait être un parti politique.

« Parti et classe ouvrière » par Anton Pannekoek :
Nous n’en sommes qu’aux tous premiers débuts d’un nouveau mouvement ouvrier. L’ancien mouvement s’incarne dans des partis, et la croyance au parti constitue aujourd’hui le frein le plus puissant à la capacité d’action de la classe ouvrière. C’est pourquoi nous ne cherchons pas à en créer un nouveau, et cela non parce que nous sommes trop peu nombreux – un parti, quel qu’il soit, est petit à l’origine – mais parce que de nos jours un parti ne peut être qu’une organisation visant à diriger et à dominer le prolétariat. A ce type d’organisation, nous opposons le principe suivant : la classe ouvrière ne pourra s’affirmer et vaincre qu’à condition de prendre elle-même son destin en main. Les ouvriers n’ont pas à adopter religieusement les mots d’ordre d’un groupe quelconque, pas mêmes les nôtres, mais à penser par eux-mêmes, à décider et agir eux-mêmes. C’est pourquoi, en cette période de transition, nous considérons comme leurs organes de clarification naturels les groupes de travail, les cercles d’études et de discussion, qui se sont formés d’eux-mêmes et cherchent eux-mêmes leur voie.
Les partis ouvriers actuels (…) ont d’ailleurs un but différent : prendre le pouvoir et l’exercer à leur seul profit. Loin de chercher à contribuer à l’émancipation de la classe ouvrière, ils entendent gouverner eux-mêmes et présentent cela sous les couleurs de la libération du prolétariat. La social-démocratie, dont l’essor remonte à la grande époque du parlement, conçoit ce pouvoir sous les aspects d’un gouvernement appuyé sur une majorité parlementaire. La Parti communiste, quant à lui, pousse la volonté de domination jusqu’à ses conséquences les plus extrêmes : la dictature du parti.

« La révolution n’est pas une affaire de parti » par Otto Rülhe, 1920 :
La révolution n'est pas une affaire de parti. Les partis [...] ont la folie de considérer la révolution comme leur propre affaire de parti et de proclamer la victoire de la révolution comme leur but de parti. La révolution est l'affaire politique et économique de la totalité de la classe prolétarienne. Seul le prolétariat en tant que classe peut mener la révolution à la victoire. Tout le reste est superstition, démagogie, charlatanerie politique. Le parlementarisme apparut avec la domination de la bourgeoisie. Avec les parlements apparurent les partis politiques. L'époque bourgeoise trouva dans les parlements l'arène historique de ses premières démêlées avec la couronne et la noblesse. Elle s'organisa politiquement et donna à la législation une forme correspondant aux besoins du capitalisme. Mais le capitalisme n'est pas quelque chose d'homogène. Les diverses couches et les divers groupes d'intérêts à l'intérieur de la bourgeoisie firent valoir chacun leurs revendications de nature différente. C'est pout faire aboutir ces revendications que naquirent les partis qui envoyaient leurs représentants et leurs acteurs aux parlements. Aussi le parlement se transforma-t-il en un forum, lieu de toutes les luttes pour le pouvoir économique et politique, pour le pouvoir législatif d'abord, mais ensuite également, dans le cadre du système parlementaire, pour le pouvoir gouvernemental. Mais les luttes parlementaires, comme les luttes entre les partis, ne sont que des combats de mots. Programmes, polémiques journalistiques, tracts, rapports pour les réunions, résolutions, discours parlementaires, décisions — rien que des mots. Le parlement dégénéra en salon à bavardages (de plus en plus au fur et à mesure que le temps passait), mais dès le premier jour les partis n'étaient que de simples machines à préparer les élections. Ce n'est pas par hasard s'ils s'appelaient à l'origine « unions électorales ». Bourgeoisie, parlementarisme, partis politiques se conditionnent mutuellement, réciproquement. L'un est nécessaire à l'autre. Aucun n'est concevable sans l'autre. Ils marquent la physionomie politique du système bourgeois, de l'époque capitaliste-bourgeoise.

« La Société du Spectacle » par Guy Debord, 1967 :
L’organisation révolutionnaire ne peut être que la critique unitaire de la société, c'est-à-dire une critique qui ne pactise avec aucune forme de pouvoir séparé, en aucun point du monde, et une critique prononcée globalement contre tous les aspects de la vie sociale aliénée. Dans la lutte de l’organisation révolutionnaire contre la société de classes, les armes ne sont pas autre chose que l’essence des combattants mêmes : l’organisation révolutionnaire ne peut reproduire en elle les conditions de scission et de hiérarchie qui sont celles de la société dominante. Elle doit lutter en permanence contre sa déformation dans le spectacle régnant. La seule limite de la participation à la démocratie totale de l’organisation révolutionnaire est la reconnaissance et l’auto-appropriation effective, par tous ses membres, de la cohérence de sa critique, cohérence qui doit se prouver dans la théorie critique proprement dite et dans la relation entre celle-ci et l’activité pratique.


Perspectives du GARAP :


Dissoudre les formes d’enrégimentement du prolétariat. Notre détermination à affronter le capital pour renverser ce vieux monde se mesure aussi à notre volonté farouche de ne pas tomber dans les singeries du système que sont les casernes politiques, syndicales ou associatives. Il n’est pas question pour nous de correspondre de prêt ou de loin au spectre idéologique organisationnel.
Le GARAP ne sera jamais dans l’optique de construire un parti, muni d’une direction centralisée faisant autorité. Néanmoins, il n’est pas non plus de ces collectifs qui, en mélangeant liberté et éclectisme, sont des auberges espagnoles, où le plus souvent s’épanouissent l’autorité informelle, le confusionnisme, l’incohérence et le suivisme. Le fonctionnement de notre groupe s’articule autour d’un noyau de militants que l’on intègre par cooptation et selon des conditions d’engagement (un certain degré de formation théorico-pratique, disponibilité, assiduité), lesquelles peuvent évidemment être modifiées en commun. Ce noyau bannit toute hiérarchie, encourage à la rotation des tâches entre ses membres et prend collectivement les décisions tout en cherchant le consensus. Aux pourtours de ce centre, et en étroite interaction avec celui-ci, un cercle plus large de sympathisants aide et soutient le groupe. La distinction entre militants et sympathisants ne résulte pas de schémas théoriques préétablis ; elle est le fruit de la pratique, laquelle nous a poussés à parfaire cohérence, cohésion et sécurisation de l’organisation. Ce principe fonctionnel n’est en aucun cas un mécanisme grippé, rigide. Ainsi, tout membre du GARAP, peut, s’il le souhaite, et toujours selon les règles collectivement admises, passer de l’une à l’autre de ces sphères. Par ailleurs, la clarté du dialogue libre et ouvert est le meilleur remède contre l’intrigue et les jeux de pouvoir. Par conséquent, les informations circulent librement et entre tous. Il s'agit de nouer des relations les plus fluides et les plus honnêtes possibles. Cela n’est possible qu’en respectant la personnalité de chacun. Nous essayons de construire un groupe solide, basé sur la confiance réciproque et une mécanique de démocratie interne à la fois souple et solide. Chaque membre doit se sentir sécurisé, écouté, épaulé. Il ne s'agit pas d'un groupe d'amis, cela va bien au-delà de l'amitié, il s'agit de fraternité reposant sur des règles de fonctionnement communément définies. A défaut de pouvoir rendre les conflits internes inévitables, nous en atténuons dès lors la fréquence, la portée et en diminuons les impacts néfastes. Le cas échant, il arrive même que nous transformions un conflit en dynamique vivifiante (source de propositions, facteur de clarification, occasion de consolidation). Nous essayons de progresser ensemble par la discussion et la pratique dialectique, afin d'arriver à une conscience claire des objectifs et tâches que nous nous fixons.

Toute notre vie est imprégnée de la marchandise et de la pensée bourgeoise. L’un des buts du groupe est la décolonisation des esprits et de l'imaginaire par la participation à la construction d’un mouvement révolutionnaire qui critique et remet en cause tous les aspects de nos vies de prolétaires. A cette fin, le GARAP est et restera une organisation d’anonymes immergée dans le prolétariat. Partant, son mode d’intervention est à la fois théorique et pratique, tout en faisant interagir ces deux dimensions. Nos actions viennent valider, infirmer ou sécréter nos idées ; celles-ci impulsent, définissent, et sélectionnent nos actions. Cette dynamique opératoire, que nous empruntons volontiers à la dialectique matérialiste, est la toile de fond d’un positionnement dans la lutte des classes relevant principalement de deux catégories, elles-mêmes dépendant de l’intensité de la conflictualité sociale. Ainsi, en période de basse intensité de la praxis prolétarienne, le GARAP se focalise sur la solidification de ses propres positions et sur leur diffusion au sein des masses. Cette tâche renvoie principalement à un travail de théorisation et de propagande. Nous n’écartons, a priori, aucun sujet, dans la mesure où le capital est partout. Il s’agit également de saper les lignes ennemies, d’y tailler ou d’y élargir des brèches. A partir de la théorie, laquelle repose elle-même sur une autre partie importante de nos activités, l’enquête ouvrière, il s’agit de repérer les points faibles dans l’immense dispositif idéologique, économique, institutionnel, de l’ennemi de classe. Là où le GARAP est engagé, et d’abord au sein des entreprises, des universités et des territoires, l’étude des forces sociales en présence, de la dynamique locale de l’accumulation capitaliste, des contradictions du rapport d’exploitation, est réalisée. Celle-ci est flanquée d’une pratique effective qui, pour synthétiser, vise à affaiblir l’emprise des tenailles managériales et/ou réactionnaires et à renforcer l’émergence de la contestation prolétarienne, moment indispensable et conjoint à son affirmation politique. Autrement dit, nous nous attachons à aider au déclenchement et au développement de luttes les plus libérées des formes de contrôles classiques et de leurs cortèges de mensonges paralysants. Dans cette phase, l’organisation est principalement un outil de consolidation de la classe, d’entraide (logistique, financière, psychologique,…etc), de formation, de renseignement, d’étude, et aussi de production et de diffusion de propagande. En phase de lutte de haute intensité, comme par exemple celle d’un mouvement social généralisé, le GARAP s’évertuera à abattre les fausses solutions, les faux semblants, pour tenter de dépasser le stade de la revendication et ouvrir la voie à la révolution prolétarienne. Dès lors, l’organisation pourra servir de base arrière logistique, financière et humaine, de tribune de propagande, d’outil d’aide à la fondation et à la coordination des comités de lutte autonomes, de neutralisation des éléments ennemis. Le GARAP n’a pas vocation à se substituer à la force autonome révolutionnaire qui bientôt, aura su surgir de l’actuel impitoyable combat entre les classes. Il disparaîtra dès que celle-ci l’exigera.

 

Sur l'autonomie prolétarienne

L'autonomie prolétarienne est la praxis (développée tant sur les plans pratique que théorique) par laquelle le prolétariat s'organise et lutte par lui-même, en dehors des modes de relation et cadres institutionnels bourgeois que sont les partis, syndicats, associations, ONG, en vue de réaliser la révolution prolétarienne mondiale.
L'autonomie prolétarienne s'est notamment matérialisée en Italie dans le mouvement Opéraïste des années 1970-80. Les luttes menées en Italie présentent un intérêt double : elles se produisent dans le cadre de la domination réelle du capital sur le travail (le travail devient de plus en plus abstrait) et elles dessinent  (pas toutes et pas tout le temps) clairement une société sans classe ni Etat, notamment par leur volonté d’extension des luttes à l’ensemble du territoire et dans tous les domaines colonisés par le Capital.

Certains mouvements actuels, porteurs d'une esthétique de la radicalité, et qualifiés d'«autonomes» par le Spectacle et son appareil de répression étatique, nous invitent à la circonspection ou au soutien critique, quand ce n’est pas à la franche désapprobation. Quelques uns, animés par des groupes et individus sincères, atteignent un haut niveau d'organisation tactique et communicationnel autant qu’ils présentent des éléments intéressants de remise en cause de la relation sociale capitaliste, ainsi que de ses avatars (État, police, etc...). Une composante radicale du mouvement anti-nucléaire, par exemple, pose de bonnes questions : les objectifs et la gestion d'une énergie hautement polluante, la gestion technocratique du spectacle marchand, les intérêts économiques et politiciens dissimulés derrière cette gestion, la nature nocive et suicidaire du mode de production capitaliste.
Les luttes contre les mégaprojets, quant à elles, ont le mérite d’exister et d’attirer l’attention salutaire sur des conséquences de la prédation capitaliste. Plus efficacement, elles contrecarrent la dimension silencieuse voulue de ces projets. Cependant, trop souvent reviennent les mêmes écueils au sein de ces mouvements : incapacité à reconnaître la dimension réactive et périphérique de la ou des luttes menées, nécessité de la compromission de classe, souvent légitimée par un rejet plus ou moins théorisé du sujet révolutionnaire, masquée d'une propagande «cool» et rassembleuse, et appuyée par une verve purifiée de toute référence trop directement révolutionnaire. Ces défauts ne font que refléter tant les limites politiques que le caractère accessoire, intrinsèques aux luttes qui se développent en périphérie de la sphère de production. Celles-ci ne peuvent, en effet, se borner qu’à soustraire momentanément quelques territoires de la domination capitaliste, animées ainsi d’une dynamique de résistance, c'est-à-dire d’une portée insuffisante. Elles gênent, ça et là, la mise en œuvre de chantiers, elles parviennent à remporter quelques affrontements contre la maréchaussée, elles se convainquent de décréter des rapports sociaux d’un nouveau genre, « anti capitalistes », « anti spécistes »… Les coûts et les temps de production et de circulation du capital peuvent s’en trouver localement et provisoirement augmentés. Pour autant, si elle est contrariée, la reproduction élargie du capital total n’est jamais ici sérieusement ciblée, ce qui signifierait qu’elle soit attaquée à la fois en son centre (c'est-à-dire là où l’accumulation du capital prend sa source, dans les unités de production) et dans une perspective d’offensive généralisée et coordonnée visant à l’abolition du rapport social de production (ce qui revient à créer d’abord un mouvement révolutionnaire au sein des entreprises).
Fragmentés, enclavés, excentrés, ces mouvements donnent naturellement le flanc aux appareils de répression, qui les considèrent comme autant d’occasions de s’entraîner et de se perfectionner. C’est un point de similitude, ajouté à leur carence de conscience révolutionnaire, avec les explosions émeutières dans les zones de relégation et d’exclusion sociales (nommées « banlieue » ou « quartiers » par le discours spectaculaire marchand).
Au demeurant ces luttes participent du confusionnisme actuel, lequel ne fait que prolonger l’écrasement de la conscience de classe de ces quarante dernières années. Elles mobilisent et drainent une population hétéroclite, interclassiste (travailleurs, consommateurs, petits patrons, commerçants, agriculteurs) ; une troupe déjà représentée idéologiquement et par conséquent propice à l’abandon et au sabotage du terrain de lutte.  A l'image d'une ZAD dont le combat est médiatiquement géré par le citoyennisme de l'ACIPA, alors même que c'est sans conteste la pugnacité des éléments les plus radicaux qui, jusqu’à présent, a empêché les expulsions orchestrées par une police aux ordres de la gauche du capital. Nous désespérons de voir ces luttes, que nous ne qualifions pas «d'autonomes» ou de «sociétales» mais « d’alternativistes » et de «périphériques», réussir à mettre en place des dynamiques révolutionnaires. Leur degré de confusion, voire même de décomposition, est un potentiel appui d'une renaissance de ce consumérisme tourné vers la poubelle du capital qu'était l'esprit hippies des années 60, quand ce n'est pas carrément un proudhonisme qui se dévoile à lui-même comme réactionnaire, lorsqu'autonomie alimentaire commence à rimer dangereusement avec une défense de la terre mal digérée, et prônée par des acteurs qui se placent résolument dans une logique identitaire, enracinée, régionaliste ou nationaliste.

Force est de constater que derrière ces modes de vie et ces batailles clochardisés, il y a la promesse d’une vie au rabais, à minima. On retrouve l’argumentaire du «serrage de ceinture» matraqué par la bourgeoisie internationale. En définitive, rien de neuf, il s’agit d’accepter la dévalorisation du capital variable, de «consommer autrement», de quitter gentiment le travail pour être remplacé par des machines ou de travailler bénévolement, c’est à dire gratuitement.
Il serait par conséquent totalement contradictoire d’affirmer à la fois le rejet (légitime) de l’abondance de la dépossession (la marchandise) pour aduler la décroissance et une vie en guenilles alors que les forces productives vivantes mettent en évidence des capacités transformatrices de la matière bien réelles. Ces puissantes modifications restent pour nous des potentialités indispensables dans une société sans classe ni Etat. Car il ne sera pas seulement question de satisfaire les besoins dans le respect du vivant ; il s’agira de le coupler avec une haute capacité technologique permettant le démontage de pans entiers du capital fixe accumulé dans le cadre d’un rapport social prédateur.

Toile de fond des luttes en question, le « milieu » des squats renoue le plus souvent avec les vieux fétiches du phalanstère. Jusqu’à présent, il est plutôt resté prisonnier de la logique de l’alternative, avec son lot de snobisme postmoderne, de fables sous-consommationistes, interclassistes, agrémentées d’exemplarité sociale et ontologique. La réappropriation de lieux de vie n’en reste pas moins un acte collectif à développer, à condition qu’elle ne tombe pas dans le piège de la marginalisation. En réalité, outre qu’ils permettent à ceux qui y habitent de se servir sur le tas, ici et maintenant, les squats peuvent également constituer un type de ces bases arrière dont le prolétariat révolutionnaire manque cruellement. Cette éventualité intéressante est réalisable si le refus du travail cesse d’être ce stupide mépris pour ceux qui triment qui prolifère aujourd’hui dans cet univers reclus, où les fils à papa ne sont pas rares. Partant, des connexions pourraient s’établir et se consolider avec les salariés. Les squats serviraient alors de lieux de discussions, de préparation théoriques et pratiques, et pas seulement aux petits larcins, à la sécurité sur le net ou aux techniques de guérilla urbaine mais aussi aux tactiques de lutte en entreprise (enquête ouvrière comprise), à la stratégie plus globale de neutralisation des différentes représentations politiciennes, institutionnelles, syndicales...

On ne pourrait (provisoirement) conclure ce propos sans évoquer la forme de liberté laissée au travailleur total que revendique la société capitaliste. Cette «autonomie» évolue en permanence dans le cadre carcéral du mode de production où les managers et autres clercs du Spectacle  s’ingénient à inoculer aux travailleurs des valeurs censées mobiliser leur intimité afin de satisfaire les exigences de rentabilité et de productivité par le don de soi. Tout est là pour rappeler que si tout est permis, rien n’est possible. Il s’agit par conséquent de diriger les prolétaires vers la marchandise et, plus globalement, la représentation. L’adhésion la plus grande du prolétariat à sa propre séparation d’avec la totalité du monde est censée être la seule porte de sortie.  Pourtant, cette issue n’est qu’illusoire et funeste ; son unique fonction étant de permettre au capital de différer sa fin inéluctable.

Revendiquer l'autonomie prolétarienne ce n'est pas construire une énième chapelle «vraiment révolutionnaire» (sic), mais développer une authentique pratique révolutionnaire. Le GARAP ne cherche pas à vendre des cartes, à gratter des places, à collecter des timbres d'adhésions. Evidemment, nous ne possédons l'exclusivité ni de l'analyse ni des perspectives des actions à mener et de la marche de la future révolution. Nous sommes avant tout une construction contre le réel, espérons réussir à combattre ses néfastes influences (sexisme, âgisme, moralisme réactionnaire, rouge ou politiquement correct, identitarisme, travaillisme, productivisme, etc.) et contribuer à le bouleverser. Nous ne cherchons pas forcément à recruter. Néanmoins, nous sommes bien convaincus qu’une force créatrice, dynamique et suffisamment homogène permettant la complexe mise en œuvre d’une stratégie révolutionnaire (pratique, théorique) fait aujourd’hui défaut. De même, nous pensons que la forme de connexion en réseau, avec ses liens distendus, sporadiques et finalement très superficiels, est absolument en deçà des exigences du temps, notamment parce qu’elle sape toute cohésion, néglige la cohérence des actes et de l’analyse, favorise l’effort parcellaire, est impropre à une coordination efficace. Nous appelons bien sûr toutes les personnes ou groupes à prendre au moins contact avec nous, tout comme nous-mêmes cherchons des alliés partout où la contestation de ce vieux monde est rendu possible par la critique en acte. La critique à notre endroit est évidement la bienvenue... tant qu'elle n'émane pas des bouches pourries de pantins du spectacle.
Revendiquer l’autonomie prolétarienne ce n'est pas se battre pour l'autogestion. A plusieurs reprises dans l'histoire (derniers exemples : Argentine dans les années 2000, Espagne, Grèce, France en ce moment) suite à des fermetures d'entreprises et des licenciements, des ouvriers se sont réapproprié des moyens de production en instaurant un fonctionnement autogestionnaire. Les ouvriers font tourner l'entreprise sans les patrons (car il est vrai que nous n'avons pas besoin d'eux pour exister), peut-être sans rapport hiérarchique, peut-être avec d'autres cadences et moins de pénibilité journalière, mais finalement toujours dans le cadre de la production et de la distribution capitaliste. Les ouvriers deviennent leur propre exploiteur : « C'est le rêve des capitalistes que de bâtir une société où seuls les ouvriers continueraient à travailler dans les usines, sans patrons » (Comité Ouvrier de Porto Marghera, 1970).
Les coopératives ouvrières, les sociétés autogérées, vantées par les héritiers de Proudhon ne font que reproduire le capital et son processus d'extraction de la plus-value. Le capital s'adapte à toutes les formes pour perpétuer l'exploitation. La lutte des classes étant le moteur de l'histoire, chaque lutte prolétarienne non révolutionnaire sert au capital à englober cette contestation pour la transformer en moyen de reproduction. Toute la société capitaliste est structurée contre le prolétariat. Notre tâche n'est donc pas d'aménager un (pseudo) îlot de communisme, voué à se répandre au sein du capital, mais de détruire totalement les rapports de production existants.

Nous désignons le lieu d’exploitation comme le point principal du développement de l’autonomie prolétarienne. C’est à cet endroit névralgique que s’exprime le plus intensément le rapport social capitaliste ;  c’est là, dans le procès de travail, que se manifeste l’aliénation première. L’autonomie nécessite donc d’être conscient que les forces productives vivantes sont les seules sources de richesses à travers lesquelles la société bourgeoise peut se reproduire, qu’en conséquence elles sont les seules à pouvoir transformer le réel. L’entreprise va donc représenter le point d’appui à partir duquel le prolétariat peut reprendre en main l’ensemble de sa vie, colonisée par le Capital : la communication, les transports, l’alimentation, la santé, le paysage, le plaisir, l’amour. Afin de la transformer pour écrire l’histoire de l’Humanité.

«Les conseils ouvriers» par Anton Pannekoek, 1936 :
Se battre pour la liberté, ce n’est pas laisser les dirigeants décider pour soi, ni les suivre avec obéissance, quitte à les réprimander de temps en temps. Se battre pour la liberté, c’est participer dans toute la mesure de ses moyens, c’est penser et décider par soi-même, c’est prendre toutes les responsabilités en tant que personne, parmi des camarades égaux.

«Karl Marx» par Karl Korsch, 1938 :
Marx, dialecticien matérialiste proclamait déjà qu’un simple effort de pensée ne suffisait pas à supprimer cette aliénation de soi réelle, inhérente à l’ordre présentement établi et dont les concepts «aliénés» des économistes bourgeois ne sont que l’une des expressions ; qu’il fallait pour cela, abolir en premier lieu par l’effort pratique, par un acte social, les conditions réelles qui lui sont sous-jacentes.

«La Société du Spectacle» par Guy Debord, 1967 :
Cependant, quand le prolétariat découvre que sa propre force extériorisée concourt au renforcement permanent de la société capitaliste, non plus seulement sous la forme de son travail mais aussi sous la forme des syndicats, des partis ou de la puissance étatique qu’il avait constitué pour s’émanciper, il découvre aussi par l’expérience historique concrète qu’il est la classe totalement ennemie de toute extériorisation figée et de toute spécialisation du pouvoir.

«Pouvoir ouvrier à Porto Marghera», années 1970 :
Ces ouvriers et techniciens apprennent directement les pratiques politiques grâce à une auto-formation qui est avant tout auto-formation à l'apprentissage. La théorisation qui en découle inclut une tentative pour intégrer une pensée politique qui s'oppose au travail salarié et à ses conséquences. L'opéraïsme (…) est capable d'émettre des mots d'ordre extrêmement subversifs qui se combinent avec l'émergence d'une subjectivité politique rebelle. Ils contestent la séparation entre les différents rôles du travail et les rôles sociaux imposés par la division du travail. Pour ces militants, il ne s'agit pas d'exercer une pression de l'extérieur sur le parti ou sur le syndicat, mais plutôt de créer des formes alternatives d'auto-organisation.

«Des lascars du LEP Electronique» Paris, décembre 1986 :
PAPA, MAMAN, TON FILS,TA FILLE, EST DANS LA RUE ! Alors, vous voulez pas sortir ? Qu’est-ce qui se passe ? Vous trouvez que tout va bien ? Ou peut-être que vous n’avez pas de revendications précises ? Hein ? C’est ça ? on va vous dire, un secret, nous non plus ! Et justement, c’est la meilleure ! Celle qui les emmerde le plus car là ils peuvent pas nous couillonner. Ce qui nous fait chier c’est un bloc, on peut pas faire le détail! Vous dites : "C’est irresponsable, vous ne gagnerez rien..." Vous vous trompez : on a déjà gagné, nous nous sommes trouvés, nous avons communiqué entre nous, nous avons réinventé pour nous l’amitié, la fraternité, l’activité... On a rigolé, comme rarement ! C’est énorme ! NOUS SOMMES DANGEREUX, NOUS DEVENONS INTELLIGENTS ! Alors, les gars, les filles, vous voulez pas venir avec nous ? C’est dans l’air ? Vous ne le sentez pas ? Vous n’entendez rien ? C’est à cause des machines. TROP DE BRUIT, TROP DE FUMEE ! ARRETEZ-LES ! DESCENDEZ DANS LA RUE ! La première usine à descendre soutenir la jeunesse, ça fera un choc, dans dix ans encore on s’en souviendra : "c’est eux ! c’est les premiers qui sont descendus !". Vous savez ce qui les fait chier ; ils se disent ILS DESCENDENT... ILS REMONTERONT JAMAIS... Parce que vous ne dites rien, ils croient que vous ne direz jamais rien ! Que c’est fini, qu’ils vous ont baisés ! Montrez leur que c’est eux, les cocus de l’Histoire ! Descendez qu’on s’explique ! On est de l’autre côté du mur, sans patrons, sans partis, sans syndicats, libres comme les chevaux. Venez parlez avec nous. Sinon on va se faire ramasser ! On vous attend ! hep ! on a besoin de papier !


Perspectives du GARAP :


L'autonomie prolétarienne est une nécessité historique, un impératif organisationnel :

Certains d'entre nous ont fait l'expérience des partis et des syndicats supposés défendre les ouvriers ou se battre pour la révolution. Le constat est que ces organisations reconnues par les institutions bourgeoises trompent le prolétariat et lui font perdre son temps. Notre classe sociale, le prolétariat, a depuis trop longtemps subi les volontés et trahisons de ces soi-disant représentants, il est temps de s'organiser par soi-même dans des groupes d'actions autonomes. Pour cela, le GARAP réfléchit, propose et vérifie par la pratique des pistes d'émancipation.

Faire apparaître les contradictions entre capital et travail en particulier sur les lieux de production :

Construire le Groupe d’Action pour la Recomposition de l’Autonomie Prolétarienne :
Nous agissons par nous-mêmes dans notre intérêt. Aucune hiérarchie n'est tolérée, les décisions et les objectifs sont pris en commun. La formation théorique et pratique se fait ensemble, grâce aux expériences, lectures et analyses de chacun. Nous évitons la spécialisation au sein du groupe, tout le monde apporte sa pierre à l'édifice. Pour arriver à cela, le travail personnel est nécessaire afin de ne pas se comporter comme un spectateur ou un consommateur : lecture, écriture, initiative.

Revendiquer l'autonomie prolétarienne c'est aussi éviter de recréer des rapports inégaux au sein du groupe (Rapports bourgeois pouvant mener à des conflits : jeune/vieux, homme/femme, travailleur/chômeur, ouvrier/cadre, étudiant/salarié etc…). Revendiquer l'autonomie prolétarienne c'est enfin se prendre en charge, supprimer les représentations, devenir responsable et agir concrètement sur le réel avec ses camarades.


A suivre
(Sur l’Etat, la religion, la destruction du vivant-l’écologie, l’antifascisme,  la lutte des classes, la révolution prolétarienne)...