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Groupe d'Action pour la Recomposition de l'Autonomie Prolétarienne

Note de lecture de l'ouvrage de Yann Collonges et Pierre Georges Randal

Lecture n°3 - Octobre 2011
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Les Autoréductions, grèves d’usagers et luttes de classes

Editions Entremonde, 2010, 147p.

A la fin des années 60 et durant la décennie suivante, les ouvriers des grandes entreprises, localisées principalement dans le nord de l’Italie, s’organisent pour lutter contre les attaques brutales du capital sur leurs salaires et leurs conditions de travail.
Cependant, les luttes ne restent pas à l’intérieur des usines et se propagent sur le reste de la colonisation bourgeoise de la vie : habitat, alimentation, énergie, communication, transport.
En partie à la faveur des organisations prolétariennes extra parlementaires telles que Lotta Continua, Manifesto, la jonction entre les ouvriers et le reste du prolétariat (étudiants, chômeurs,..) s’opère. L’objectif est commun : récupérer le salaire arraché aux patrons et le reste des revenus différés octroyés par l’Etat. Le prolétariat doit faire face à des attaques brutales sur ses revenus, produites par des augmentations phénoménales de tarifs sur les besoins quotidiens. Les prolétaires ne combattent donc pas en tant que consommateurs mais bien dans le but de se réapproprier leur vie.

Etalées sur un dizaine d’années ces luttes d’inégales importances, éparpillées dans l’espace, connaissent des succès retentissants ; grâce à un prolétariat combattif en masse, déterminé et organisé pour partie. Cependant, leur essoufflement est du à plusieurs facteurs :
- la division sur les stratégies à adopter parmi les organisations prolétariennes extra parlementaires ;
- l’incapacité à transformer des luttes offensives en projet de société ;
- l’imbrication d’associations de défense des usagers et de consommateurs propices à essouffler les combattants à l’issue de premières négociations ;
- L’attitude des organisations staliniennes (PCI et CGIL - équivalent de la CGT en France) ; d’un côté, attentistes et tributaires d’un soutien local exprimé par une partie de leurs militants envers les combattants ; d’un autre côté, cherchant à récupérer les mouvements afin de se poser en représentantes des masses avec un réel pouvoir négociateur ;
- L’épuisement des luttes lié à l’absence de grèves générales et surtout dans les secteurs touchés par les autoréductions (bâtiment, entreprises d’Etat, agro alimentaire, transport, communication). C’est le gros travail des staliniens que d’avoir empêchés la généralisation totale des luttes.

L’intérêt de cet ouvrage se situe aussi dans la description des attitudes staliniennes et dans le comportement qu’elles adoptent pour soutenir le système.

Par exemple, les staliniens revendiquent en permanence leur capacité à combattre la spéculation immobilière...mais toujours dans un cadre négocié avec les institutions en place et les classes dirigeantes.
Dans les faits, les autoréductions de loyers, les occupations de maisons appartenant à des grandes entreprises ou leurs filiales de promotion immobilière agissent directement contre la spéculation puisqu’elles brisent les prix, constitués par plusieurs paramètres (dont : logement occupé/vide, docilité/hostilité des occupants, environnement hostile/favorable à la récupération d’une partie des salaires, rénovation possible du quartier ou au contraire risque de luttes urbaines violentes sont autant de facteurs qui peuvent faire grimper en flèche ou au contraire, faire dégringoler les prix de l’immobilier)
De son côté, le PCI, en guise de «solution», veut remplacer les autoréductions/grèves de loyers par le versement d’une aide financière aux familles. En clair, dans sa ligne de conduite générale, le PCI assure la pérennisation des profits capitalistes en les aidant à récupérer V (le capital variable, c’est à dire le salaire) et propose de faire fonctionner les crédits d’Etat, récupérer V de manière plus globale par conséquent plus diffuse localement. Le PCI garde ainsi à l’esprit qu’il est plus acceptable par le prolétariat d’augmenter les prix que de baisser directement les salaires. Cette «solution» a été refusée à Naples.

Une petite partie de l’ouvrage (notamment les annexes) fait référence à la situation des autoréductions en France à la même période. Rien de comparable avec l’Italie, compte tenu de l’encadrement-massue quasi instantané des organisations staliniennes sur le prolétariat (notamment cette faculté à muter ses satellites en bureaux de communication multiclassistes - par exemple, la Confédération Nationale des Locataires se transforme en 1972 en Confédération Nationale du Logement pour intégrer en son sein des propriétaires). Des tracts et déclarations très intéressants, des références locales (Villejuif, Champigny, Val-de-Marne) où les propos confirment une fois de plus que la «ceinture rouge» n’a été rien d’autre que le prolétariat ceinturé.

Les luttes menées en Italie méritent une nouvelle fois notre attention, dans la mesure où elles ont été massives, durables et marquantes pour la société. Et cela dans un passé relativement récent.