Appel depuis le Venezuela - GARAP

Groupe d'Action pour la Recomposition de l'Autonomie Prolétarienne

Appel depuis le Venezuela

Communiqué n°60 - Juin 2017
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Nous reproduisons en français le texte d'appel aux anarchistes d'Amérique latine et du monde réalisé par le journal El Libertario. Cet appel vise à rompre l'étrange tendance au silence du mouvement anarchiste international à l'égard de la féroce répression chaviste qui frappe aujourd'hui le prolétariat vénézuélien. Qu'une telle chape de plomb repose sur l'indifférence, la décomposition organisationnelle, la complicité tacite ou avérée avec la camelote idéologique alterimpérialiste, dont le chavisme n'est qu'une version parmi d'autres, ou tout à la fois, nous en laisserons le lecteur seul juge.

Certes, nous ne nous revendiquons pas de l'anarchisme, même si nous pouvons nous en inspirer, mais cela ne nous empêche aucunement de saluer le courage, la lucidité et l'efficacité, dont pléthores d'anarchistes, personnes ou collectifs, ont fait preuve par le passé et qui continuent d'animer certains d'entre-eux. Les compagnons de El Libertario sont de ceux-là.

Nous déclarons aux libertaires et, au-delà, à tous les révolutionnaires antiautoritaires, que les leçons doivent être tirées de la tuerie qui se déroule actuellement au Venezuela, résultat presque prévisible du régime dictatorial procapitaliste de Chavez. Quand il n'aboutit pas à la collaboration criminelle, le soutien au sous-fascisme (d'où qu'il soit) mène, au mieux, à la désillusion ensanglantée. Ceux qui de nos jours sont tentés de troquer le nécessaire effort de clarification théorico-pratique, que notre époque exige, contre un activisme lourd d'intolérables connivences avec la religion, le nationalisme, le culturalisme, le post-stalinisme, sous prétexte que tout cela respire la sueur, la poudre et le soleil, se creusent des tombes politiques, voire des tombes tout court. Falsificateurs du communisme, bureaucrates impitoyables, crapules mercenaires à la solde du capitalisme, voilà bien les seules et uniques plantes viables sur le terreau de ces combats attrape-nigaud, qui poussent à l'ombre de « la libération nationale », de « la religion des opprimées », du  « socialisme du 21ème siècle », du « communalisme » à la sauce PKK. De Cuba au Vietnam, de la Palestine au Rojava, en passant par Managua ou San Cristobal de la Casas, ces plantes carnivores ont toujours su trouver leur engrais dans les foules euphoriques du crétinisme contestataire, en mal de frémissements exotiques. À bon entendeur...

Appel depuis le Venezuela aux anarchistes d'Amérique latine et du monde : la solidarité, c'est beaucoup plus que des déclarations écrites.

Collectif éditorial de El Libertario

Nous nous adressons à toutes les expressions du mouvement libertaire, en particulier à celles de ce continent, non seulement pour attirer leur attention sur la situation que nous sommes en train de vivre au Venezuela, mais aussi parce que nous considérons qu'il est urgent que l'anarchisme international s'exprime plus énergiquement au sujet de ces circonstances dramatiques, par des positions et des actions dignes de ce que l'idéal anarchiste a pu produire historiquement en matière de parole et de pratique.

Il est déplorable que, tandis que d'un côté le gouvernement chaviste – conduit aujourd'hui par Maduro – flanqué de ses caisses de résonance à l'étranger, et de l'autre, les opposants de la droite et de la social démocratie, mènent des campagnes tapageuses pour vendre à l'opinion mondiale leurs visions identiquement biaisées et chargées d'intérêts de pouvoir, beaucoup de voix anarchistes hors du Venezuela demeurent dans un mutisme équivalent finalement à une acceptation de ce que les différents avides prétendants au pouvoir de l'Etat veulent imposer comme "vérité". Nous savons que les voix amies ne disposent pas des medias aux ordres des étatistes de divers pelages, et les compagnons affrontent des réalités complexes où il y a des thèmes et des problèmes qui, du fait de leur urgence, réclament leurs plus immédiates préoccupations. Mais nous considérons que cette difficulté ne devrait pas être un obstacle à ce que, de quelque modeste façon que ce soit, s'expriment l'attention, l'intérêt et la solidarité à propos de ce qui se passe au Venezuela et aussi concernant ce que divulgue l'anarchisme dans cette contrée.

En bref résumé de ce que dit aujourd'hui l'anarchisme local, l'actuelle situation révèle la nature fasciste du régime de Chávez – et de son successeur Maduro –, ces gouvernements militaires que nous avons toujours dénoncés au travers d'El Libertario. Ce régime a versé dans la criminalité, le trafic de drogue, le pillage, la corruption, l'emprisonnement des opposants, la torture, les disparitions en sus d'une désastreuse gestion économique, sociale, culturelle et éthique. Chávez est parvenu à imposer son leadership messianique et charismatique, financé par l'élévation du prix du pétrole, mais après sa mort et avec la fin de l'embellie économique, le dénommé « processus bolivarien » s'est dégonflé, ne reposant que sur des bases de plus en plus précaires. Cette « révolution » s'est inscrite dans la tradition rentière qu'inaugura au début du vingtième siècle le dictateur Juan Vicente Gómez, que continua le militaire Marcos Pérez Jiménez et qui ne s'est pas éteinte avec l'avènement du système démocratique représentatif.

Certains, au plan international (Noam Chomsky en est le meilleur exemple), sont revenus sur leur soutien initial à l'autoritarisme vénézuélien pour aujourd'hui le dénoncer sans détours. Cependant, nous observons avec une grande préoccupation le silence de nombreux anarchistes, de ce continent et des autres, sur les événements en cours au Venezuela. Un proverbe dit : « Qui ne dit mot consent ! », ce qui s'applique parfaitement quand on affame et qu'on réprime dans le sang un peuple et que ceux qui devraient protester contre cela ne disent rien ou presque. Nous lançons un appel à tous ceux qui arborent le drapeau libertaire pour qu'ils se prononcent, s'ils ne l'ont pas déjà fait, sur notre tragédie. Il n'existe aucune justification à l'indifférence si on a une vision anarchiste du monde. Le contraire équivaut à couvrir la farce gouvernementale, en oubliant ce qu'ont dit les anarchistes de toutes les époques sur la dégradation du socialisme autoritaire au pouvoir. Peut-être que par le passé, le mirage « progressiste » du chavisme a pu tromper même certains libertaires, mais être conséquent avec notre idéal rend impossible aujourd'hui de continuer de soutenir une telle croyance.

Nous sommes en présence d'un gouvernement agonisant, sans plus aucune légitimité et répressif, qui cherche à s'accrocher au pouvoir, répudié par l'immense majorité de la population, qui assassine par le biais de ses forces répressives et ses groupes paramilitaires, qui, en outre, favorisent les pillages. Un gouvernement de corrompus qui fait du chantage aux rations alimentaires, vendues au prix du marché noir, qui participe à tout type de magouilles, un gouvernement de bolibourgeois et de militaires enrichis par la rente pétrolière et l'écocide minier. Un gouvernement qui tue par la faim et l'assassinat, tandis qu'il applique un ajustement économique brutal en accord avec le capitalisme transnational, auquel il paye ponctuellement une dette externe criminelle.

Il est temps de démonter les manœuvres pseudo informatives à l'instigation de ceux qui contrôlent ou aspirent à contrôler l'Etat vénézuélien, et à cet effet, nous espérons compter sur le soutien actif d'individualités et de collectifs libertaires, tant en Amérique latine que sur le reste de la planète. Toute démonstration de solidarité anarchiste sera la bienvenue pour le mouvement anarchiste vénézuélien, qui est certes petit et se démène face à beaucoup de difficultés, mais qui, dans la situation actuelle, appréciera énormément de savoir que d'une façon ou d'une autre nous pouvons compter sur l'appui des compagnons du reste du monde, que ce soit par la reproduction et la diffusion de l'information que nous, anarchistes du Venezuela, produisons, engendrant des prises de position et des réflexions qui démontent les visions que les autoritaires de droite et de gauche tentent d'imposer, ou – ce qui serait beaucoup mieux– en promouvant ou en soutenant des actions dans leurs pays respectifs, où l'on condamne la situation de famine et répression que l'on vit actuellement au Venezuela. Aujourd'hui plus que jamais, votre présence et votre voix sont nécessaires dans tous les scénarios où il est possible de dénoncer la tragédie dans laquelle est plongé le peuple vénézuélien.

Notes :

Note finale de El Libertario : analyses plus amples et détaillées et informations sur ce qui se passe au Venezuela, avec en plus un suivi quotidien, sur le blog de El Libertario http://periodicoellibertario.blogspot.com

Nous recommandons tout spécialement ces articles, où sont exposées sommairement nos visions et positions par rapport à la récente et actuelle situation vénézuélienne :

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