In Memoriam Loren Goldner

C'est avec une immense tristesse que nous venons d'apprendre le décès de notre ami et camarade Loren Goldner.

Selon nous, Loren Goldner fut l'un des plus grand théoriciens révolutionnaires de l'époque contemporaine et c'est peu de dire que ses approches ont fortement influencé les positions politiques du GARAP. Ses propositions lumineuses - pulvérisant des pans entiers de la doxa léninistes, injectant des réflexions aussi neuves que redoutables dans l'interprétation du Capital mais aussi dans la réactualisation des travaux de Rosa Luxemburg, ravageant dialectiquement la gauche de la dévalorisation et ses déchets identitaires - ont apporté des clefs décisives de compréhension du réel, qui ouvrent des portes à une praxis révolutionnaire revigorée.

À cette puissance de feu intellectuelle, déjà exceptionnelle, du personnage s'ajoutaient une grande humanité, une profonde sensibilité, ancrées dans les combats et la culture du prolétariat révolutionnaire. Une simplicité douce mêlée à un épicurisme sur le qui-vive, un goût insatiable pour la vie et les bonnes choses, un humour malicieux, une timidité si décalée... toutes ces qualités se combinaient dans un homme qui malheureusement ne vivra pas la révolution, sans doute parce que l'époque n'était pas à sa hauteur.

Forts de son inspiration, nous saurons lui rendre hommage en continuant le combat, à « gauche de l'extrême gauche », pour la révolution prolétarienne mondiale, sans Dieu, sans César, ni tribun !

Quand les SO syndicaux font (une fois de plus) le boulot des flics

La mare aux crapauds n°9 - Avril 2021

À l’occasion d’une journée de mobilisation dans l’Éducation nationale et l’Enseignement supérieur le mardi 26 janvier 2021, des militants d’extrême-droite de La Cocarde / UNI ont cru bon de venir faire de la provoc’ en s’incrustant dans la manifestation parisienne, se faisant même photographier en tête de défilé et affirmant démagogiquement leur solidarité avec la mobilisation étudiante.

Ceci ne manque pas de sel lorsque l’on pense à toutes les mobilisations estudiantines autonomes qui, ces dernières décennies, se sont rapidement retrouvées prises en tenaille entre les manipulations politicardes de la gauche syndicale et partidaire (qu’elle soit trotskyste, stalinienne ou social-démocrate) et les violences « antiblocage » de l’extrême-droite.

Leur accoutrement de gosses de rentiers encanaillés ne trompant pas les yeux quelque peu aguerris, ces rebuts de l’Ouest parisien se sont fait griller par des antifas et une rixe a alors éclaté… rapidement interrompue par l’intervention des membres des services d’ordre de la CGT et de Sud/Solidaires !

La CGT est, certes, rôdée à ce genre de pratiques inqualifiables : ses gros bras ont assuré un rôle de tampon efficace entre les étudiants enragés et la classe ouvrière lors de Mai 68, contribuant à l’essoufflement du mouvement ; livré des « casseurs » à la police en 2006 lors du mouvement contre le CPE ; évacué manu militari (avec le soutien notamment de Lutte Ouvrière) des travailleurs sans-papiers qui occupaient la bourse du travail de Paris en 2009 ; chargé – avec FO – le cortège autonome lors des défilés contre la loi « Travaille ! » dans la capitale en 2016, etc.

Mais quid du SO de Sud/Solidaires, un syndicat dont les militants aiment à se définir comme « antifascistes, antisexistes, anticapitalistes » ? Avec de tels amis, il est clair que le combat contre l’extrême-droite peut très bien se passer d’ennemis.

Du moins peut-on espérer que ce pathétique épisode au cours duquel on aura vu des militants syndicaux jouer les flics de service (ou des militants de service jouer les flics syndicaux, on ne sait plus très bien !) et assurer la protection rapprochée de jeunes bourgeois d’extrême-droite provoquera un salutaire déclic chez ceux – (trop) nombreux – qui, au sein du milieu autonome / antifa francilien, s’acharnent à épargner les syndicats de toute critique par trop radicale, se réfugiant derrière l’antienne commode (et jamais questionnée) du distinguo qu’il faudrait opérer entre « les dirigeants et la base » et/ou derrière le mythe de l’alliance entre « K-ways noirs et chasubles rouges ».

On ne saurait terminer ce billet sans mentionner la présence d’un jeune black faisant le coup de poing dans les rangs de La Cocarde. Ce clown n’a sans doute blessé personne (sauf peut-être lui-même) … mais, en venant rappeler qu’un « racisé » (selon l’abjecte terminologie postmoderne) peut tout à fait militer dans une organisation politique xénophobe, homophobe, sexiste et anticommuniste, il aura probablement – bien malgré lui – mis en PLS lourde les certitudes de quelques neuneu.e.s intersectionnel.le.s !

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